Green taxi driver

Après Jaurès, Blum et Guy Môquet, la victoire de Nicolas Sarkozy est aussi celle du penseur communiste italien Gramsci en paraphrasant ce dernier : «Je ne mène pas un combat politique, mais un combat idéologique ». En fait, le pouvoir se gagne par les idées et Sarkozy a engagé un combat pour la maîtrise du débat d’idées en s’adressant à la «majorité silencieuse» ou «ceux qui se lèvent tôt». 

De même, dans les années 1980, Ronald Reagan et la droite américaine avaient conquis le pouvoir en s’appuyant sur un personnage devenu fameux, le «mâle blanc en colère» (angry white male). Un phénomène analogue s’est produit en France avec une vision qui oppose les travailleurs honnêtes aux délinquants, aux assistés et aux immigrés clandestins. C’est la première fois qu’un homme de droite en France assume cette bataille-là.

Notre sarkoprésident n’a pas fini de courir. Et je jogge dans le bois de Boulogne, sur les marches de l’Elysée et je jogge au fort de Brégançon. Toulouse, Berlin partout, il est passé par ici il repassera par là.

Au retour de la résidence varoise, une rumeur l’avait annoncé à la soirée-anniversaire des 60 ans du festival. Mais il s’est finalement fait représenter par Christine Albanel. Elle a lu au président du Festival, Gilles Jacob, une lettre qui lui était adressée où il évoque entre autres : “Une famille  qui fait de chacun d’entre nous sur la planète l’intime d’un paysan chinois contraint de quitter son village, d’un enfant qui fait les 400 coups, d’un photographe de mode anglais, d’un taxi new yorkais ou d’un soldat indigène“.

 Visiblement la référence est donnée à Truffaut, Antonioni, Scorcese et Bouchareb. La référence à Taxi driver est troublante pour le néolibéral Sarkozy quand on se souvient que le 30 mars 1981, le président Ronald Reagan était tombé sous les balles d’un certain John Hinkley. Celui-ci avait affirmé que son geste de pure folie a été inspiré par la scène de la tentative d’assassinat du sénateur Palantine dans Taxi Driver et surtout par obsession pour Jodie Foster.

Taxi Driver avait remporté un grand succès critique à travers le monde, dont le point culminant sera la Palme d’Or au festival de Cannes 1976 dont le jury était présidé cette année-là par Tennessee Williams. Taxi Driver est le portrait définitif au cinéma de la solitude et de l’aliénation et de leur traduction en violence. Robert De Niro, dans le rôle de Travis Bickle, l’ex-Marine devenu un chauffeur de taxi torturé, marqua l’histoire du cinéma grâce à une interprétation impressionnante.  Ses rencontres nocturnes et la violence quotidienne dont il est témoin lui font peu à peu perdre la tête. En délivrant une prostituée mineure de ses souteneurs, Travis Bickle s’est assigné comme tâche de redresser une humanité qu’il voit comme salie.

De nos jours, il n’y a pas que l’humanité qui soit salie, il y a aussi notre planète. Pour contrer l’effet de serre, les taxis jaunes de New-York, chers à Scorcese, prennent le virage vert.

 Le maire, Michael Bloomberg, a annoncé que les taxis devront se conformer à de nouvelles normes d’émissions de gaz à effet de serre. Cette mesure s’inscrit dans le virage vert qu’a pris depuis quelques semaines Bloomberg, qui vise à réduire les émissions de gaz carbonique de 30 % d’ici 2030. Les célèbres taxis jaunes, au nombre de 13 000, devront donc se tourner vers les véhicules hybrides. Actuellement, seulement 375 taxis sont équipés de moteurs hybrides, un nombre qui devrait passer à 1000 à l’automne 2008. À compter de l’an prochain, tous les nouveaux taxis devront fonctionner à la fois à l’électricité et à l’essence. Comme la durée de vie moyenne d’un taxi new-yorkais se situe entre trois et cinq ans, la flotte entière pourrait être hybride vers 2012. Les autorités municipales évaluent à 10 000 $US les économies de carburant annuelles pour les chauffeurs, qui utilisent actuellement des véhicules de modèle Crown Victoria., très énergivores.

 Je ne sais pas si Juppé apprécie De Niro, mais le nouveau ministre d’Etat délégué à la couleur verte va pouvoir s’en inspirer.

Published in: on 23 mai 2007 at 12:51  Comments (2)  

Saga Africa

Comme nous l’avons déjà vu, sitôt élu, notre nouveau sarkoprésident s’est offert des vacances bien méritées au large des côtes de Malte sur le yacht de son ami Bolloré. La famille Bolloré a fait valoir sa tradition historique de l’accueil. Force est de constater, photo à l’appui, que Blum prénommé Léon avait été hébergé en Bretagne par l’oncle Gwen-Ael, ancien combattant et héros du débarquement en Normandie dans le commando Kieffer. Les héritiers de Blum ont du admettre le fait malgré les premières dénégations. Décidément on commence à comprendre l’insistance de Sarkozy de recycler Blum et Jaurès. Peut être va-t-on nous apprendre que Jaurès si attaché aux langues régionales (à l’époque on disait les patois) est venu apprendre le breton dans les papeteries familiales sur les bords de l’Odet.


Nous savons que le nouveau président est venu rejoindre Paris le 10 mai pour commémorer l’abolition de l’esclavage avec son ami Jacques Chirac. Là aussi, il y a paradoxe entre le symbole de cette journée et les activités mercantiles de ses amis néocoloniaux et « françafricains ».

L’Afrique n’a pas occupé une place centrale dans la campagne présidentielle, a part pour Sarkozy le discours du meeting UMP de Toulon et un discours sur la politique internationale en février 2007. Tout en se présentant comme un « ami des africains » et souhaitant tout faire pour son  »développement », entre autres comme un remède à l’immigration, il juge néanmoins l’action de la France en Afrique globalement positive. Nicolas Sarkozy soutient également les multinationales françaises : « Il n’y a en réalité qu’un petit nombre de grands groupes français qui réalisent une part importante de leurs activités en Afrique. […] Bouygues, Air Franc, Bolloré, n’ont pas besoin de la diplomatie française pour exister et se développer en Afrique.». Enfin, Nicolas Sarkozy souligne le rôle positif de la colonisation : « Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen. »

Pour beaucoup, la réalité est plus forte que le rêve. Au Congo Brazzaville et au Gabon, le pétrole enrichit TotalFinaElf, qui affichait, en 2005, un bénéfice record de 12 milliards d’euros. Au Cameroun, au Congo Brazzaville et au Gabon, le bois fait la fortune de Bolloré (1 milliard de chiffres d’affaires en 2004).

Le saccage des forêts primaires d’Afrique centrale est plus effectif que dans les discours officiels. Au niveau écologique, l’écosystème est loin d’être préservé. Il s’agit d’une exploitation intensive de quelques essences recherchées sur le marché international. Les conséquences des coupes de bois sur le renouvellement de la faune et de la flore sont désastreuses. Pour Greenpeace, les forêts primaires constituent pourtant un enjeu crucial puisqu’elles concentrent 80 % de la biodiversité des terres immergées. Or, plusieurs exploitants forestiers dont Bolloré, en Afrique notamment, s’enfoncent toujours plus profondément au cœur des forêts anciennes.

Chirac avait dit : « la maison brûle, nous regardons ailleurs ». Avec des amis comme Bouygues et Bolloré, la France n’a pas fini de tourner la tête. Rassurons-nous, dans cinquante ans la famille Bolloré continuera d’accueillir des grands de ce monde. Pour les pygmées, il faudra voir ailleurs.

Published in: on 12 mai 2007 at 7:26  Laisser un commentaire  

You’ll go better refreshed

Il va falloir s’y faire mais d’ici 2040 Coca-Cola devra se trouver de nouveaux porte-parole. Je veux parler des ours blancs ou polaires qui sont depuis des décennies le symbole du rafraîchissement de la célèbre marque de boissons d’Atlanta. Le slogan You’ll Go Better Refreshed (Vous vous sentirez mieux rafraîchi) avait le mérite d’être clair et quoi de mieux que le fameux ours polaire pour accentuer cette sensation.

Mais aujourd’hui le constat est alarmant : selon des chercheurs américains et canadiens, la banquise arctique pourrait disparaître pendant l’été dès 2040, du fait du réchauffement de la planète. Les travaux, publiés ces jours-ci par une revue scientifique américaine, assurent ainsi que la quantité de glace dans l’Océan glacial arctique chaque mois de septembre pourrait être réduite si brutalement que, d’ici 20 ans, elle pourrait se commencer à se réduire quatre fois plus vite que ce qui a pu être constaté jusqu’ici.

Cela signifie que le pôle nord pourrait être sans glace dès l’été 2040, selon une modélisation produite par des ordinateurs. Selon une des simulations produites, la glace de septembre se réduit pour passer d’environ 6 millions de kilomètres carrés à 2 millions de kilomètres carrés sur une période de dix ans. On avait déjà mesuré que la banquise arctique fondait beaucoup (10 à 15 fois) plus vite qu’avant. Tout le monde avait d’ailleurs été très surpris de constater que, cet été, on pouvait arriver en bateau au Pôle Nord, ce qui ne s’était jamais vu !

Le monde entier et les américains en premier lieu sont alertés sur ces questions depuis longtemps. Nous avons vu récemment le film « Une vérité qui dérange » avec Al Gore. Dans une séquence marquante nous voyons un petit ours polaire qui nage à la recherche d’un coin de banquise où se réfugier. Le gouvernement américain n’ a pourtant (y a t’il un rapport ?) jamais ratifié le protocole de Kyoto. A contrario, il autorise de pomper du pétrole en pleine réserve arctique d’espèces menacées en Alaska. L’administration Bush préfère  les 10,4 milliards de barils au sanctuaire écologique de l’Artic National Wildlife Refuge. Dans ce contexte, la fonte de la banquise va modifier l’écosystème mondial et les animaux vont devoir s’adapter et les pays répondre à cette modification des frontières. Certains commentateurs cyniques observent que des « routes maritimes » vont s’ouvrir avec un  bénéfice économique notamment pour le Canada.

Ceci provoquera de graves conséquences sur l’équilibre biologique de la région, mais aussi de toute la planète ! La banquise est aussi l’habitat de nombreuses espèces comme l’ours polaire, que va-t-il alors se passer ? Coca-Cola trouvera une nouvelle mascotte en direction des enfants mais quelles mascottes gardera la planète à l’avenir?

Published in: on 15 décembre 2006 at 12:29  Comments (1)  

Bonne nuit les petits

Ça y est l’hiver est là. Les tempêtes hivernales et la neige devraient être au rendez-vous. Certains animaux vont rentrer en hibernation, un état d’hypothermie régulée qui leur permettra de conserver leurs énergies durant l’hiver en utilisant les réserves de graisse stockées pendant les mois actifs. Quand on pense hibernation, on pense en premier à l’ours.

Malheureusement, actuellement les ours bruns du zoo de Moscou n’arrivent pas à entrer en hibernation, en raison d’un temps exceptionnellement clément. Comme pour les hommes, les caprices de la nature ont de quoi étonner les animaux. Les ours bruns dont la période d’hibernation commence normalement en novembre n’arrivent toujours pas à s’endormir.

Dans un autre coin de la planète, le réchauffement climatique met en danger la population des ours blancs canadiens de la baie d’Hudson. La banquise se forme avec du retard. Les ours ne peuvent donc chasser le phoque. Ce réchauffement pourrait donc rapidement mener à l’extinction de l’espèce.  L’ours est depuis longtemps le symbole de la relation de l’homme avec la nature et la faune sauvage. Plus l’homme avance, plus l’ours recule.

Pourtant dans notre enfance nous ne pouvions nous passer de notre nounours ou « Teddy bear » chez les américains. L’histoire de « Teddy bear » était déjà la démonstration du rapport de l’homme à l’animal. On raconte qu’en 1902 le président Théodore Roosevelt (Teddy pour les intimes) participait à une chasse à l’ours dans le Mississipi. Devant son manque d’adresse cynégétique, il lui a été proposé de tirer sur un ourson encordé à un arbre. Teddy refusa et la légende relayée par le Washington Post décolla.

De nos jours aussi les chasses truquées existent. La dernière histoire qui ait fait jaser se passe en Russie cet automne avec le roi d’Espagne Juan Carlos qui a tué un ours apprivoisé préalablement nourri et saoulé avec une mixture de vodka et de miel. L’animal ivre a été une cible facile et Juan Carlos de Borbon y Borbon a abattu le débonnaire Mitrofan au premier coup de feu.

 En Roumanie, des sociétés de chasse offrent la possibilité d’abattre un ours pour un peu plus d’un millier d’euros au cours de « safaris » qui font l’objet de controverses chez les militants de la cause animale. De même, dans les Pyrénées françaises, l’exécution de l’ourse Cannelle par un chasseur, en 2004, a provoqué une levée de protestations et d’indignations. Dans le département voisin, l’ourse Palouma, réintroduite en 2006, a été retrouvée morte suite à un accident.

 Nous ne pouvons dans ce contexte qu’être enchantés d’apprendre qu’une ourse (non identifiée) accompagnée d’un ourson de l’année ont été observés dans la vallée espagnole de Montgari le 20 septembre au  matin.

Bravo à la maman qui devra apprendre à son petit de ne pas boire du Bourbon et d’éviter de croiser des personnalités royales.

Published in: on 8 décembre 2006 at 11:24  Laisser un commentaire  

Réchauffement en grandes pompes

« Une vérité qui dérange » (« An Inconvenient Truth »), le film présenté par « l’ex-futur président des Etats-Unis », est une synthèse pédagogique efficace sur le dossier du réchauffement climatique. On voit, entre autres, Al Gore, sur fond de falaises de glace qui s’effondrent, affirmer dans son film que la survie de l’humanité est en jeu. « Si le Groenland se disloquait et fondait, voici quelle serait l’élévation du niveau de la mer en Floride, etc, etc », explique-t-il. Suivent des images affolantes de montée des eaux et de zones habitées submergées…

Le bilan est tombé le 20 octobre dans un article de la revue Science. Scott Luthcke (de la Nasa) y annonce cent milliards de tonnes de glace perdue par an, soit un peu moins que les pires prévisions qui avaient été faites. Grâce à des mesures effectuées par satellite, on connaît maintenant précisément l’amplitude de la régression de la calotte glaciaire groenlandaise.
Depuis des années, la couverture glaciaire du Groenland se réduit lentement mais sûrement. Il est toutefois très difficile de quantifier le phénomène car il faut tenir compte de l’épaisseur de la couche de glace et de ses variations dans le temps. Le mouvement des glaciers vers la mer, qui se mesure en centaines de mètres par an, a augmenté. La raison pourrait en être le réchauffement de l’atmosphère.

En ce moment, nous voyons toutes les tendances politiques se réunir autour d’une question de l’écologie. Mais, de l’information, il faut passer à l’action concrète, l’essentiel étant de changer nos mentalités.

Les aléas climatiques, la diminution des émissions de gaz à effet de serre et maints motifs peuvent donc nous pousser entre autres à utiliser des carburants d’origine agrobiologique. Nous devrions avoir une vue plus claire des possibilités de cette agriculture énergétique d’ici une dizaine d’années, à une époque où le Peak Oil (le fameux pic pétrolier) ne devrait plus être très loin..Ces ressources renouvelables ne combleront pas tous nos besoins dans le domaine des transports : elles ne pourront remplacer qu’une petite fraction du pétrole qui est à la base du fonctionnement de nos sociétés, dans leur configuration actuelle.

C’est dans ce contexte que nous entendons parler du E85. Il s’agit d’un carburant contenant 85 % d’éthanol en volume et 15 % d’essence en volume. Une teneur minimale en essence est nécessaire pour garantir le fonctionnement à froid du véhicule. L’éthanol qui entre dans la composition de l’E85 est un alcool, principalement produit par la fermentation de grains riches en sucre ou en amidon, c’est-à-dire à partir de betteraves à sucre, ou de céréales.

C’est le Canard enchaîné qui a soulevé récemment la polémique en parlant d’ une inauguration « juste pour rire » et d’une pompe « bidon » de biocarburants avec Thierry Breton, Dominique Bussereau et Thierry Desmarest (PDG de Total) en acteurs principaux. L’hebdomadaire du mercredi raconte que depuis certains automobilistes, victimes de ce malentendu, réclament chaque jour du carburant vert dans cette station de la Porte d’Orléans, mais la pompe de la station Total censée distribuer de l’E85 est vide. En effet, l’autorisation de commercialisation n’a pas encore été délivrée, et le prix et la fiscalité du biocarburant n’ont pas été fixés ; ils devraient l’être en 2007. Le Canard termine en apothéose en disant : « qu’en plus, l’automobiliste Breton a fait le plein, devant tout le monde, avec un produit illicite… ».

A la Porte d’Orléans, on se fout de nous (et même ailleurs …) et pendant ce temps la banquise continue à fondre allégrement.

Published in: on 31 octobre 2006 at 10:44  Comments (4)