Gilles de Boscher le syllabique

Quelle mouche a pu le piquer ? Encore une fois, il a perdu une occasion de se taire et d’éviter le ridicule. Qui? Gilles de Robien, notre ministre de l’Éducation nationale, a choisi tel Don Quichotte depuis bientôt une année un nouveau moulin à vent à charger. Il s’agit de la méthode dite globale d’apprentissage de la lecture. Les syndicats, les associations et les mouvements pédagogiques avaient mis en garde le ministre de l’éducation nationale et dénoncé son autoritarisme. Celui-ci a répondu par toujours plus de surenchère notamment en sanctionnant récemment un Inspecteur de l’éducation nationale, chercheur – formateur, alors qu’il avait critiqué les positions ministérielles devant Robien sur France Inter.

 Depuis une nouvelle provocation fait monter la pression. L’association Sos – Education, une association ultra conservatrice, dans des encarts dans la presse écrite, appelle les parents à dénoncer les enseignants qui n’utilisent pas la méthode syllabique. C’est qu’un peu partout sur le terrain, des enseignants sont soumis aux pressions de parents qui croient d’autant plus que l’instituteur de leur enfant utilise la méthode globale que le ministre laisse croire qu’une seule méthode est autorisée.

Dans une démarche globalement (pardon!) rétrograde, il semble oublier que depuis plus de quinze en ans cette fameuse méthode est plutôt tombée aux oubliettes de la pédagogie et est d’ailleurs régulièrement que l’immense majorité des élèves maîtrise la langue française et l’a apprise par des méthodes mixtes. En effet, si on avait donné la parole aux professionnels de terrain (en clair les professeurs des écoles), ceux-ci auraient pu dire que la lecture c’est, à la fois, identifier des mots écrits et en comprendre la situation dans le contexte. L’un et l’autre aspect de la lecture doivent être enseignés.

Pourquoi, alors, cette tempête dans un verre d’eau avec cet acharnement démagogique qui ignore l’expérience accumulée par des milliers d’enseignants et les acquis de la recherche. Pourquoi plutôt ne pas s’interroger sur le fait que l’illettrisme et les jeunes sortis du système scolaire sans déconseillée dans les textes réglementaires. Doit-on pour autant idéaliser l’ancienne méthode dite syllabique (ou Boscher) qui pouvait avoir comme effet de voir des générations d’élèves ânonner des textes sans forcément les comprendre.

 Aujourd’hui, il serait plus juste de constater que l’illettrisme et les jeunes sortis du système scolaire sans diplômes concernent essentiellement les familles défavorisées. Oui, Monsieur le Ministre, il y a bien un lien entre pauvreté et échec scolaire.

Published in: on 20 octobre 2006 at 3:27  Laisser un commentaire