Bloody sunday ?

Ségolène Royal a (enfin !) présenté dimanche son programme politique devant 8000 partisans à Villepinte, en banlieue parisienne. Dans ce « pacte présidentiel », Ségolène Royal présente cent propositions à caractère social. Elle propose notamment de hausser « le plus tôt possible » le salaire minimum mensuel de 1254,28 euros à 1500 euros. Le programme de Mme Royal comprend aussi des mesures pour augmenter la construction de logements sociaux et pour assurer une sécurité de logement à tous. Le programme de Ségolène Royal comprend aussi des mesures plus polémiques, comme la révision de la carte scolaire « pour lutter contre les ghettos », la mise en place de centres éducatifs, si besoin avec encadrement militaire pour les jeunes délinquants ou encore la création de jurys de citoyens pour « introduire la démocratie participative dans toutes les collectivités publiques ». En tout, 100 propositions qui sont le résultat d’un grand processus de consultation à travers toute la France au cours des trois derniers mois, les fameux « débats participatifs ».

Nicolas Sarkozy a réuni ses comités de soutien en annonçant des ralliements de personnalités (dites de gauche ou dites centristes) voulant montrer ainsi sa capacité à rassembler en proposant un « pacte républicain » à « tous les Français », au moment même où sa rivale Ségolène Royal présentait son « pacte présidentiel ».
La vraie campagne est lancée, pacte contre pacte ce dimanche pendant que Drucker accueillait Bernadette Chirac sur son canapé rouge.

Ce dimanche fut aussi l’occasion d’un autre affrontement, non pas pacte contre pacte mais pack contre pack. Le premier match du quinze d’Irlande hors de son stade de Landsdowne Road, dimanche 11 février à Dublin, ne lui a guère porté chance. Les joueurs français ont gagné de trois points, sur un essai marqué par l’ailier français Vincent Clerc, à seulement deux minutes de la fin d’une partie aprement disputée.
Croke Park, temple des sports gaëliques, est une impressionnante arène mais complètement inhabituelle pour les amateurs de rugby qui ne connaissaient que le mythique Landsdowne Road. Il existe en Irlande un vrai débat autour de l’utilisation de ce stade uniquement pour les sports gaéliques. Les autres sports en sont strictement exclus. Une règle interne à l’organisation excluait jusque dans les années 1970 le football, le rugby et le cricket parceque sports anglais. Depuis peu, il a été autorisé exceptionnellement la pratique (pour les matches internationaux uniquement) du football et du rugby, ces deux sports se trouvant sans stade à cause de la rénovation de Lansdowne Road d’où le match du 11 Fevrier 2007.

Pour les patriotes irlandais, ce stade a un supplément d’âme d’où l’émotion palpable lors des différents hymnes. En effet, le 20 novembre 1920, Croke Park fut le théâtre d’un massacre exécuté par des paramilitaires auxiliaires de la police britannique entrés dans le stade pendant un match de football gaëlique entre Dublin et Tipperary et qui ont tiré en représailles dans la foule, tuant 14 personnes . Ces évènements, sont connu en Eire sous le nom de Bloody Sunday.
Pour qui de Ségo ou Sarko le dimanche 22 avril sera un Bloody sunday ?
D’ici là, souvenons de U2.
i can’t believe the news today
i can’t close my eyes and make it go away
how long. how long must we sing this song?
how long?
tonight we can be as one. tonight
broken bottles under children’s feet
bodies strewn across a dead end street
but i won’t heed the battle call
it puts my back up. puts my back up against the wall
sunday. bloody sunday

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Published in: on 11 février 2007 at 9:30  Laisser un commentaire  

Partout où il y a injustice

Aux États-Unis, la cour martiale a annulé pour vice de forme le procès concernant le premier officier à avoir refusé de partir en Irak parce qu’il considérait la guerre illégale. Ehren Watada qui risque jusqu’à 4 ans de prison, comparaissait devant une cour martiale et avait plaidé non coupable à deux des chefs d’inculpation pesant contre lui. Estimant que ce conflit était illégal parce que l’administration Bush avait menti sur les motivations de l’invasion du pays, M. Watada avait demandé en vain à démissionner de l’armée ou à être envoyé en Afghanistan. Le juge avait cependant refusé que la légalité de la guerre soit évoquée au procès, estimant que cette question n’était pas du ressort du judiciaire.

Le directeur de Charlie-Hebdo, Philippe Val, s’est présenté au premier jour du procès intenté par les organisations musulmanes pour la publication de caricatures de Mahomet en février 2006, avec une lettre de soutien du ministre de l’Intérieur et candidat à la présidence, Nicolas Sarkozy. Philippe Val avait prévenu que le procès des caricatures « serait un procès politique! » et avait promis de faire citer un cénacle de personnalités à la barre de la défense dont François Hollande, François Bayrou, l’essayiste Abdelwahab Meddeb ou encore Antoine Sfeir.  Sarkozy, qui a souvent été la cible des caricaturistes de Charlie, dit dans sa lettre « préférer l’excès de caricatures à l’absence de caricature », et défend l’hebdomadaire au nom de la « liberté de sourire de tout » en évoquant « la tradition de la satire » en France.

 La condamnation de José Bové, candidat à la présidentielle, à 4 mois de prison ferme a été rendue définitive mercredi par la Cour de cassation qui a rejeté son pourvoi, et son incarcération dépend maintenant d’une prochaine décision d’un juge d’application des peines. En novembre 2005, la cour d’appel de Toulouse avait condamné José Bové à quatre mois de prison ferme pour un arrachage de maïs O.G.M.  en 2004.  Il appartiendrait  désormais au juge de l’application des peines (JAP) de décider des modalités de l’exécution de la peine. José Bové a affirmé qu’il « refuserait » un dispositif comme le port d’un bracelet électronique ou le régime de semi-liberté « pas acceptable ». Il a aussi déclaré à la presse qu’il serait « peut-être le premier prisonnier politique à être en même temps candidat à l’élection présidentielle » et qu’il ne demanderait pas d’aménagement de sa peine. 

 

 Nous sommes à la croisée des chemins, n’oublions pas que les valeurs essentielles défendues par les hommes des Lumières dans toute l’Europe étaient la tolérance, la liberté et l’égalité.

« Partout où il y a injustice, il y a aussi des actes injustes (mais partout où des actes injustes sont commis, il n’y a pas forcément injustice) ; et qu’est-ce qu’agir injustement ?»
Ainsi s’exprimait Aristote dans « Ethique à Nicomaque ». Espérons que ces phrases résonnent aux oreilles différentes des juges de ces procès « politiques ».

Published in: on 8 février 2007 at 4:05  Laisser un commentaire  

Le théorème de Sarkozy

Connaissez-vous le théorème de Sarkozy ? Je dois vous préciser qu’il s’agit d’un mathématicien hongrois (et oui !!) qui dirige le département d’ Algèbre et de théorie des Nombres à l’Université Eotvos Lorand à Budapest. Il est l’auteur depuis 1985 d’une démonstration qui porte depuis son nom. Pour être honnête, je n’ai pas vraiment compris de quoi cela retourne,  il semble que ce soit une solution partielle à la conjecture d’Erdős avec une pincée de coefficient binomial. On dirait un discours de Rocard lu par Balladur et comme disait Coluche : on se perd en conjectures.

 Effectuons un retour sur les fondamentaux, un théorème est une proposition qui peut être mathématiquement démontrée, c’est-à-dire une assertion qui peut être établie comme vraie au travers d’un raisonnement logique construit à partir d’axiomes. Un théorème – une fois démontré – est ensuite considéré comme vrai et il peut alors être utilisé pour démontrer d’autres propositions. Selon leur importance ou leur utilité, les autres assertions peuvent prendre des noms différents : lemme, corollaire, proposition, remarque ou conjecture. N’importe quelle affirmation démontrée est appelée un théorème.

En janvier dernier, l’ensemble des médias a reçu par courriel des détails non sollicités de la fortune personnelle de Ségolène Royal. On y apprenait qu’elle est notamment propriétaire d’une villa de la Côte d’Azur évaluée à 1 million d’euros. L’information s’est répandue comme une traînée de poudre et a poussé la candidate à dévoiler publiquement son patrimoine. Les autres candidats ont emboîté le pas. Le Canard enchaîné  a affirmé, se basant sur des fuites policières, que cette information provient d’une enquête des Renseignements généraux. Les 3800 policiers des R.G., vestige de la police politique de Napoléon,  réunissent des centaines de milliers de dossiers de renseignement sur des individus. Or la police est sous l’autorité du ministre de l’Intérieur, principal rival de Ségolène Royal dans la course à la présidence. C’est donc au tour du candidat de la droite d’être la cible de ses adversaires.

Nicolas Sarkozy a nié toute responsabilité et toute enquête sur sa rivale. Des spécialistes du renseignement estiment peu plausible que le ministre de l’Intérieur soit assez naïf pour commander une telle enquête relevant d’ une méthode aussi grossière, qui est aussitôt retranscrite dans les médias. Malgré tout, Le Canard enchaîné campe sur sa position et les socialistes réclament pour leur part la démission du ministre de l’Intérieur.

Nicolas Sarkozy fait donc face à un dilemme: plus il reste longtemps ministre de l’Intérieur, plus les accusations d’abus de pouvoir vont se multiplier à son endroit comme la question du scooter d’un des fils de Sarkozy retrouvé après une enquête tonitruante faisant appel à l’ADN, le nec plus ultra en matière de police scientifique.

 Donc l’affirmation de dire que s’il devance sa sortie, il donnera l’impression d’avoir cédé devant ses adversaires et que s’il reste c’est pour avoir accès à tous les fichiers en tout genre, c’est un théorème ou une conjecture ?  

Published in: on 5 février 2007 at 4:05  Comments (1)  

Une statue sur le Larzac

L’architecte Oscar Niemeyer, bien connu pour avoir dessiné Brasilia, la capitale futuriste du Brésil, envisage d’ériger une statue monumentale de 100 mètres évoquant le héros sud-américain Simon Bolivar pointée en direction des Etats-Unis. Cette statue doit surplomber Caracas en honneur de l’idole d’Hugo Chavez. Chavez, qui a changé le nom du pays en République bolivarienne du Venezuela et qui cite le Libertador dans presque tous ses discours, a indiqué que le projet placé sur la montagne d’Avila tendrait à rappeler le contexte crée par la statue du Christ de Corcovado face à la baie de Rio de Janeiro.

Lors d’une visite de Chavez au Brésil, Niemeyer a, à 99 ans, offert ses services pour construire la statue qui serait plus grande que la statue de la Liberté à New York. Bolivar est habituellement dépeint brandissant une épée sur un cheval, mais Niemeyer a indiqué qu’il ne montrera pas sa statue à personne avant que Chavez ne la voit.

Décidément, la figure de Bolivar n’ a pas fini de gagner du terrain en Amérique du Sud notamment avec l’alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), organisation politique, sociale et économique pour promouvoir la coopération dans la région. Cette initiative lancée par Chavez semble recevoir le soutien du bolivien Evo Morales,   ainsi que de Fidel Castro. Le 16 janvier 2007, Ortega et Correa, les nouveaux dirigeants du Nicaragua et d’Equateur annoncent de concert leur intention de participer à l »alternative bolivarienne pour les Amériques ».

En France, il y a un à qui ses nombreux adversaires ne vont pas tarder à lui reprocher ses fréquentations d’Amérique du Sud comme Morales ou Chavez, c’est José Bové.

Les Verts attendaient Nicolas Hulot sur leur droite, Marie-George Buffet le croyait sorti par la grande porte des collectifs unitaires. José Bové est revenu grâce à internet et un appel en sa faveur ayant recueilli plus de 30 000 signatures en trois semaines. Ce succès l’a convaincu de revenir dans la course à la présidentielle. Le 1er Février 2007, José Bové se déclare candidat à la présidence de la république à la bourse du travail de Saint-Denis (93) avec comme slogan de campagne : »Un autre monde est en marche ». L’objectif de José Bové est d’incarner une vraie alternative de Gauche et de couvrir l’arc-en-ciel qui va du rouge au vert avec un programme, qui entend répondre à la fois à l’urgence sociale, au « vivre ensemble », à l’expression citoyenne des exclus du système, à l’écologie et à l’antilibéralisme.

Histoire de pimenter l’aventure, l’ancien syndicaliste paysan risque toutefois de devoir piloter sa campagne depuis une cellule de prison car il est sous la menace d’une nouvelle incarcération pour un fauchage de champ de maïs transgénique en 2004.

Niemeyer envisage-t’il une statue de Bové avec sa pipe sur le Larzac ? Je suis pas sûr que Ségo et Sarko en soient enchantés.

Published in: on 1 février 2007 at 6:14  Comments (1)  

We shall overcome

La candidate socialiste est partie se ressourcer aux Antilles. Cette visite ultramarine a visiblement été triomphale pour relancer une campagne dont beaucoup estimaient qu’elle s’essoufflait. Après bains de foule, discours enflammés et soutien d’Aimé Césaire, la présidentiable a terminé son allocution en créole : « Moin sé en fanm doubout! Nou ké cassè ça ! » Je suis une femme debout! Nous allons changer ça !

Phrase traduite, reprise et déformée par l’UMP qui a trouvé là une curieuse occasion de lancer une nouvelle polémique en affirmant que Ségolène Royal voudrait casser la République en ces termes : « nous allons casser ça »…

Il est peu de dire que la candidate fait l’objet d’un acharnement hors du commun. Cet acharnement n’est pas (du moins encore) sous le signe de la haine de la part de ses adversaires.

 Une autre « femme debout » fait l’objet d’une haine tenace chez un grand nombre d’américains depuis le début des années 70. Il s’agit de Jane Fonda détestée par les réactionnaires américains qui l’avaient surnommé « Hanoi Jane » pour ses prises de position pacifistes et notamment pour avoir été photographiée sur un canon antiaérien vietnamien en 1972.

Jane Fonda a déclaré ces jours-ci : « Cela fait 34 ans que je ne m’exprime pas dans un rassemblement antiguerre, parce que j’avais peur que, à cause des mensonges propagés sur moi, je sois utilisée pour nuire à ce nouveau mouvement antiguerre, mais le silence n’est plus une option ».  En effet, des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés à Washington, à l’appel du collectif « Unis pour la paix et la justice », pour exiger la fin de la guerre en Irak. Celle que les néoconservateurs appellent désormais « Jihad Jane » ou « Fallujah Jane » était entourée des acteurs Sean Penn, Tim Robbins, Susan Sarandon et Danny Glover. 

 Cette manifestation se devait d’être la plus importante depuis celle, organisée par le même collectif, qui avait mobilisé dans la capitale fédérale entre 100 000 et 300 000 personnes en septembre 2005. Les manifestants se sont rassemblés face au Capitole après avoir été acheminés par des centaines d’autobus prévus pour l’occasion à travers le pays. Par la suite, les manifestants sont partis en cortège pour faire le tour du Sénat et de la Chambre des représentants. Cette manifestation intervient alors que le Sénat pourrait adopter prochainement une ou plusieurs résolutions dénonçant la nouvelle stratégie annoncée par le président Bush le 10 janvier, passant par le déploiement de 21 500 militaires supplémentaires.

 Bush peut rire parce qu’une des effigies de l’Oréal prend position pour le retrait des troupes américaines d’Irak. Elle est loin d’être seule, merci Barbarella ! 

Published in: on 29 janvier 2007 at 12:50  Comments (1)  

Alter ego

Des chercheurs américains du Centre médical de l’Université Duke affirment avoir identifié la partie du cerveau qui détermine si un individu a plus tendance à être égoïste ou altruiste. Ainsi, l’altruisme, cette disposition à s’intéresser et à se dévouer aux autres, serait lié à une région cérébrale appelée sillon temporal postéro-supérieur. Cerner le rôle de cette partie du cerveau pourra donner des pistes sur les origines de comportements sociaux comme l’altruisme mais ne permettra pas de comprendre ce qui nourrit des gens comme Saint Martin de Tours, saint Vincent de Paul, l’Abbé Pierre, Mère Teresa ou sœur Emmanuelle. Pour en arriver à cette identification, l’équipe a observé le cerveau de 45 personnes à l’aide d’un omodensitomètre crânien pendant des jeux vidéo particuliers. Les scientifiques veulent maintenant comprendre les bases de la tendance altruiste et comment cette partie du cerveau se développe dans les premières années de la vie.

Revenons aux définitions. L’altruisme, également employé dans la langue anglaise (altruism), est un terme quelquefois employé pour désigner l’amour désintéressé d’autrui. Ce terme est souvent employé dans le sens d’empathie. Le mot altruisme aurait été inventé par Auguste Comte pour désigner une attitude d’attachement et de bonté envers autrui qui résulte d’un sentiment d’amour pour l’autre. Le dualisme égoïsme/altruisme est présent dans différents domaines comme la philosophie, la géopolitique, le commerce, la question écologique, la biologie, l’éthologie et bien sur l’éducation.

Mais il est indéniable que la question est presque centrale dans le domaine des religions. En  »’Islam »’, l’altruisme est l’une des plus grandes vertus qui consiste en cette noblesse de l’âme, synonyme de la négation de soi au profit d’un autre se trouvant dans la nécessité ou dans une indigence critique ; et ce dans le seul souci de plaire à Dieu. La sourate 76 dit au sujet du pauvre,  de l’orphelin et du captif : « Nous vous nourrissons pour l’amour d’Allah ; nous n’attendons de vous ni récompense ni gratitude ».

Dans la religion chrétienne, la question de l’attitude à adopter par rapport à autrui relève de l’amour : « Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Il est évident que cette phrase  nous revient en mémoire suite à la disparition de l’Abbé Pierre et de son prestigieux combat aux côtés des chiffonniers d’Emmaüs. Mais les compagnons chiffonniers sont nés après-guerre à un moment où solidarité et altruisme personnel tentent de compenser les lacunes de la protection sociale et les inégalités encore sensibles du conflit mondial. Emmaüs est un symbole de l’économie sociale et solidaire, de même que les Castors de l’après guerre, véritable mouvement coopératif de construction.

L’abbé Pierre, que les scouts de son enfance avaient totemisé « Castor contemplatif », avait une maxime qui le résumait complètement : « La lutte pour mon pain, ce peut être du matérialisme; la lutte pour le pain des autres, c’est déjà du spiritualisme ».

Published in: on 25 janvier 2007 at 10:10  Comments (1)  

Horizons lointains et brumeux

Depuis le milieu de la semaine dernière, Ségolène Royal a multiplié les interventions médiatiques pour tenter de contrer l’impression de flottement dans sa campagne. Il est vrai que Sarkozy a marqué les esprits et l’espace médiatique depuis son « sacre de la Porte de Versailles ». La semaine a connu quelques ratés entre l’intox de la Sapinière et la montebourde sur le « compagnon-premier secrétaire ». Sur France 3,  TF1 et Canal +,  la candidate a martelé un même message : elle ne changera rien et sa campagne participative continuera jusqu’au 11 février, même si elle a « hâte de la confrontation des projets avec Nicolas Sarkozy ».

 L’impression générale des observateurs est que la campagne royaliste connaît quelques ratés. On emprunte souvent à ce sujet la terminologie aéronautique des turbulences et du trou d’air. Une turbulence est un phénomène imprévisible intervenant en vol. Elle se caractérise par un écoulement de l’air très irrégulier, tourbillonnaire et chaotique. La turbulence perturbe donc le flux des particules d’air s’écoulant sur le fuselage et les ailes de l’avion, modifie la dynamique de la portance et a pour effet de secouer l’avion en donnant cette impression caractéristique de « trou d’air ». En fait, le trou d’air n’existe pas, car l’air occupe tout l’espace dont il dispose. Pour rester dans les avions, on sait que le brouillard est redoutable car le décollage et l’atterrissage sans visibilité se font à l’aide des instruments de vol.

Le brouillard, de la part d’une candidate dont le programme est toujours on ne peut plus évanescent,  nous amène également sur le terrain du flou artistique, du sfumato comme disait Leonardo Da Vinci. Le sfumato signifie évanescent, avec une rappel d’enfumé. C’est une technique de peinture que Léonard mit au point, et décrivit comme « sans lignes ni contours, à la façon de la fumée ou au-delà du plan focal ». A ce titre, on se souvient essentiellement de La Joconde, portrait d’une jeune femme vraisemblablement enceinte, sur fond d’un paysage montagneux aux horizons lointains et brumeux.

 

Un chercheur florentin, spécialiste de la Joconde, affirme avoir découvert avec certitude quand Mona Lisa est morte, le 15 juillet 1542, ainsi que son lieu de sépulture, à Sant’Orsola, un couvent du centre de Florence où elle avait passé les dernières années de sa vie. De son vrai nom Lisa Gherardini, la Joconde est née en mai 1479 et a été la seconde femme d’un riche marchand de soie, Francesco del Giocondo, dont elle a eu cinq enfants. Un expert reconnu sur la question, Carlo Pedretti , a exprimé son souhait de voir les restes présumés de Mona Lisa exhumés afin de faire l’analyse de son ADN en vue d’identifier le modèle du tableau.

C’est vrai que le sourire de Ségolène rappelle celui de la Joconde, mais les français attendent plus qu’un sourire.

Published in: on 22 janvier 2007 at 12:03  Comments (1)  

ISF et pouvoirs surnaturels

On parle beaucoup de patrimoine en ce moment. Après l’épisode de la SCI de la Sapinière du couple Royal-Hollande dévoilé par le députe-maire UMP de Millau, l’ennemi juré de José Bové, Jacques Godfrain. Celui-ci assurait que le couple Royal-Hollande utilisait ce moyen pour échapper à l’Impôt sur la fortune (ISF).

Du coup, et après semonces royales sur une campagne de « racailles », nous savons tout des candidats de la Peugeot 106 de Besancenot à la maison bretonne de Buffet en passant par la collection de timbres de Sarkozy. Le plus riche, mais on le savait depuis plus de 30 ans, c’est Le Pen grâce à l’héritage du fils Lambert des Ciments éponymes. Son patrimoine en 2007 se composerait au minimum de l’hôtel particulier du parc de Montretout à Saint-Cloud dont l’estimation se situe entre 4 et 6 millions d’euros.

Mais tout cela n’est rien à côté du  château de Bran en Roumanie, plus connu sous le nom de château de Dracula, qui est à vendre pour 60 millions d’euros.

 

Il n’y a donc pas qu’en France que les autorités politiques « bataillent » sur des questions de patrimoine même en l’absence d’ISF. Début 2006, le château avait été restitué à Dominic de Hasbourg, petit-fils de la reine Marie de Roumanie, après avoir été confisqué par le régime communiste. M. de Hasbourg avait alors convenu avec le ministère de la Culture que le château resterait un musée pendant au moins trois ans et ne pourrait être vendu qu’à l’État roumain. Or depuis, le conseil départemental de Braşov, dans la région historique de Transylvanie,  étudie l’opportunité de l’acheter. Le ministre de la Culture et des Cultes considère que le prix demandé par Dominic de Hasbourg est « indécent et exagéré par rapport à la valeur réelle du château ». Avant la rétrocession, le ministère avait estimé le domaine du château à 25 millions d’euros.

L’écrivain irlandais du XIXe siècle Bram Stoker s’est inspiré de la description de ce château du Moyen-Age pour en faire la demeure de son personnage, le comte Dracula inspiré du prince sanguinaire roumain du XVe siècle Vlad Tepes, dit l« Empaleur ». Le château de Bran construit au XIVe siècle est aujourd’hui un des principaux lieux touristiques de Roumanie, attirant 400.000 visiteurs par an soit plus dun million deuros de recettes. Deuxième best-seller de tous les temps après la Bible, le Dracula de Bram Stoker est à l’origine d’un engouement pour les vampires jamais démenti et surtout une source d’inspiration pour le cinéma.

 Celui qui avait tout compris sur les liens entre les questions fiscales actuelles et Dracula, c’était le défunt Raymond Devos. Souvenez-vous de son sketch où il disait : « Je ne sais pas si vous avez déjà entendu ululer un percepteur dans la nuit? C’est sinistre ! Inhumain ! ». 

La campagne part sur un drôle de tour qui échappera, je l’espère, à l’épouvante et aux pouvoirs surnaturels.

Published in: on 18 janvier 2007 at 5:55  Comments (2)  

Le silence est d’or

Le documentaire de l’Allemand Philip Gröning Le Grand Silence, qui aborde la vie d’une communauté de Chartreux en France, sorti le 22 décembre dernier, semble avoir un certain succès d’estime à l’étonnement des programmateurs. Le réalisateur du documentaire sur la vie monastique (prix du jury au festival de Sundance 2006)  n’affiche pas un engagement catholique délibéré. Il donne cependant un sens à son film : « Fonder la réussite sur le travail, l’argent, la situation, ne correspond plus à la société actuelle. La vie des moines nous rappelle d’autres valeurs. »

On se souvient de la sentence proverbiale : « le silence est d’or ». Les moines de la Chartreuse sont en quelque sorte des héritiers de l’égyptien Macaire. Saint Macaire le Grand (Makarios en grec ou Abu Magar en arabe) naquit en l’an 300 dans un village du Delta du Nil, et exerça d’abord la profession de chamelier. Obéissant à un appel de Dieu, il se retira seul dans une cellule de son village pour y vaquer à la vie ascétique et à la prière et devenir anachorète. Quelqu’un lui demanda un jour comment progresser dans la voie du salut. Le Saint l’envoya au cimetière injurier les morts puis leur adresser des louanges, et il lui dit à son retour: « Vois-tu, les cadavres ne t’ont rien répondu. De même, toi aussi, si tu veux être sauvé deviens comme mort, ne comptant pour rien le mépris des hommes ou leurs louanges. Sois comme les morts et apprends à te taire! ».

Un qui a appris à se taire, et ça marche, c’est Chirac. Il fallait voir tout le monde s’être  précipité à l’Elysée  pour assister aux vœux du Président à la Presse. On a littéralement convié toute la place de Paris pour écouter  cet assourdissant silence présidentiel. A cent jours de la présidentielle, Jacques Chirac a achevé jeudi devant la presse le traditionnel cycle des vœux avec la volonté de peser jusqu’au bout, et a laissé une nouvelle fois planer le suspense en disant « réfléchir » à une éventuelle candidature.

Après qu’un journaliste lui eut demandé « sans détour » s’il serait candidat à un troisième mandat, Jacques Chirac a répondu avec une pointe d’ironie: « Cela mérite réflexion et donc je vais réfléchir ». « Le moment venu, je ferai connaître aux Français ma décision, avec une seule exigence: l’intérêt national », a ajouté M. Chirac, entretenant ainsi ce que beaucoup considèrent comme un faux suspense.

 On aura compris que notre président de 74 ans, actuel chanoine de Latran n’a pas vraiment envie de rejoindre les rangs clairsemés des adeptes du « Grand Silence ». Une qui aurait du aussi apprendre à se taire, c’est Ségolène en Chine en disant que  « les tribunaux chinois sont plus rapides qu’en France.» 

Published in: on 12 janvier 2007 at 1:07  Laisser un commentaire