Green taxi driver

Après Jaurès, Blum et Guy Môquet, la victoire de Nicolas Sarkozy est aussi celle du penseur communiste italien Gramsci en paraphrasant ce dernier : «Je ne mène pas un combat politique, mais un combat idéologique ». En fait, le pouvoir se gagne par les idées et Sarkozy a engagé un combat pour la maîtrise du débat d’idées en s’adressant à la «majorité silencieuse» ou «ceux qui se lèvent tôt». 

De même, dans les années 1980, Ronald Reagan et la droite américaine avaient conquis le pouvoir en s’appuyant sur un personnage devenu fameux, le «mâle blanc en colère» (angry white male). Un phénomène analogue s’est produit en France avec une vision qui oppose les travailleurs honnêtes aux délinquants, aux assistés et aux immigrés clandestins. C’est la première fois qu’un homme de droite en France assume cette bataille-là.

Notre sarkoprésident n’a pas fini de courir. Et je jogge dans le bois de Boulogne, sur les marches de l’Elysée et je jogge au fort de Brégançon. Toulouse, Berlin partout, il est passé par ici il repassera par là.

Au retour de la résidence varoise, une rumeur l’avait annoncé à la soirée-anniversaire des 60 ans du festival. Mais il s’est finalement fait représenter par Christine Albanel. Elle a lu au président du Festival, Gilles Jacob, une lettre qui lui était adressée où il évoque entre autres : “Une famille  qui fait de chacun d’entre nous sur la planète l’intime d’un paysan chinois contraint de quitter son village, d’un enfant qui fait les 400 coups, d’un photographe de mode anglais, d’un taxi new yorkais ou d’un soldat indigène“.

 Visiblement la référence est donnée à Truffaut, Antonioni, Scorcese et Bouchareb. La référence à Taxi driver est troublante pour le néolibéral Sarkozy quand on se souvient que le 30 mars 1981, le président Ronald Reagan était tombé sous les balles d’un certain John Hinkley. Celui-ci avait affirmé que son geste de pure folie a été inspiré par la scène de la tentative d’assassinat du sénateur Palantine dans Taxi Driver et surtout par obsession pour Jodie Foster.

Taxi Driver avait remporté un grand succès critique à travers le monde, dont le point culminant sera la Palme d’Or au festival de Cannes 1976 dont le jury était présidé cette année-là par Tennessee Williams. Taxi Driver est le portrait définitif au cinéma de la solitude et de l’aliénation et de leur traduction en violence. Robert De Niro, dans le rôle de Travis Bickle, l’ex-Marine devenu un chauffeur de taxi torturé, marqua l’histoire du cinéma grâce à une interprétation impressionnante.  Ses rencontres nocturnes et la violence quotidienne dont il est témoin lui font peu à peu perdre la tête. En délivrant une prostituée mineure de ses souteneurs, Travis Bickle s’est assigné comme tâche de redresser une humanité qu’il voit comme salie.

De nos jours, il n’y a pas que l’humanité qui soit salie, il y a aussi notre planète. Pour contrer l’effet de serre, les taxis jaunes de New-York, chers à Scorcese, prennent le virage vert.

 Le maire, Michael Bloomberg, a annoncé que les taxis devront se conformer à de nouvelles normes d’émissions de gaz à effet de serre. Cette mesure s’inscrit dans le virage vert qu’a pris depuis quelques semaines Bloomberg, qui vise à réduire les émissions de gaz carbonique de 30 % d’ici 2030. Les célèbres taxis jaunes, au nombre de 13 000, devront donc se tourner vers les véhicules hybrides. Actuellement, seulement 375 taxis sont équipés de moteurs hybrides, un nombre qui devrait passer à 1000 à l’automne 2008. À compter de l’an prochain, tous les nouveaux taxis devront fonctionner à la fois à l’électricité et à l’essence. Comme la durée de vie moyenne d’un taxi new-yorkais se situe entre trois et cinq ans, la flotte entière pourrait être hybride vers 2012. Les autorités municipales évaluent à 10 000 $US les économies de carburant annuelles pour les chauffeurs, qui utilisent actuellement des véhicules de modèle Crown Victoria., très énergivores.

 Je ne sais pas si Juppé apprécie De Niro, mais le nouveau ministre d’Etat délégué à la couleur verte va pouvoir s’en inspirer.

Published in: on 23 mai 2007 at 12:51  Comments (2)  

Le loup dans la bergerie

Hélas ! Les paysans qui sont dans la campagne
 insultent en passant la voiture du roi.
Et lui, votre seigneur, plein de deuil et d' effroi,
 seul, dans l' Escurial, avec les morts qu' il foule,
courbe son front pensif sur qui l' empire croule !
-voilà ! -l' Europe, hélas ! écrase du talon
 ce pays qui fut pourpre et n' est plus que haillon.
L' état s' est ruiné dans ce siècle funeste, 
et vous vous disputez à qui prendra le reste !
Ce grand peuple espagnol aux membres énervés,  
qui s' est couché dans l' ombre et sur qui vous vivez, 
expire dans cet antre où son sort se termine,
triste comme un lion mangé par la vermine !
-Charles-Quint, dans ces temps d' opprobre et de terreur, 
que fais-tu dans ta tombe, ô puissant empereur ?
Oh ! Lève-toi ! Viens voir ! -les bons font place aux pires.
Ce royaume effrayant, fait d' un amas d' empires, 
penche... il nous faut ton bras ! Au secours, Charles-Quint !
Car l' Espagne se meurt, car l' Espagne s' éteint !
Ton globe, qui brillait dans ta droite profonde, 
soleil éblouissant qui faisait croire au monde
que le jour désormais se levait à Madrid, 
maintenant, astre mort, dans l' ombre s' amoindrit,
lune aux trois quarts rongée et qui décroît encore, 
et que d' un autre peuple effacera l' aurore !
Hélas ! Ton héritage est en proie aux vendeurs.
Tes rayons, ils en font des piastres ! Tes splendeurs, 
on les souille ! -ô géant ! Se peut-il que tu dormes ? -
on vend ton sceptre au poids ! Un tas de nains difformes
se taillent des pourpoints dans ton manteau de roi ;
et l' aigle impérial, qui, jadis, sous ta loi, 
couvrait le monde entier de tonnerre et de flamme,

cuit, pauvre oiseau plumé, dans leur marmite infâme !

Published in: on 16 mai 2007 at 11:07  Comments (2)  

Bayrou : mourir pour des idées

Le Mouvement démocrate, c’est le nouveau nom que proposera François Bayrou à ses adhérents. Il doit les réunir jeudi 10 mai à Paris lors d’un Conseil national de l’UDF pour avaliser les changements de structures de sa formation. Il lancera à son issue cette nouvelle formation démocrate dont il a annoncé la création après le premier tour de la présidentielle. Comme dit le journal Marianne : pour Bayrou, c’est le saut de la mort.

Mourir pour des idées, l’idée est excellente
Moi j’ai failli mourir de ne l’avoir pas eu
Car tous ceux qui l’avaient, multitude accablante
En hurlant à la mort me sont tombés dessus
Ils ont su me convaincre et ma muse insolente
Abjurant ses erreurs, se rallie à leur foi
Avec un soupçon de réserve toutefois
Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente,
D’accord, mais de mort lente


Jugeant qu’il n’y a pas péril en la demeure
Allons vers l’autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l’allure, il arrive qu’on meure
Pour des idées n’ayant plus cours le lendemain
Or, s’il est une chose amère, désolante
En rendant l’âme à Dieu c’est bien de constater
Qu’on a fait fausse route, qu’on s’est trompé d’idée
Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente
D’accord, mais de mort lente

Les saint jean bouche d’or qui prêchent le martyre
Le plus souvent, d’ailleurs, s’attardent ici-bas
Mourir pour des idées, c’est le cas de le dire
C’est leur raison de vivre, ils ne s’en privent pas
Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent
Bientôt Mathusalem dans la longévité
J’en conclus qu’ils doivent se dire, en aparté
« Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente
D’accord, mais de mort lente »

Des idées réclamant le fameux sacrifice
Les sectes de tout poil en offrent des séquelles
Et la question se pose aux victimes novices
Mourir pour des idées, c’est bien beau mais lesquelles ?
Et comme toutes sont entre elles ressemblantes
Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau
Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau
Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente
D’accord, mais de mort lente

Encor s’il suffisait de quelques hécatombes
Pour qu’enfin tout changeât, qu’enfin tout s’arrangeât
Depuis tant de « grands soirs » que tant de têtes tombent
Au paradis sur terre on y serait déjà
Mais l’âge d’or sans cesse est remis aux calendes
Les dieux ont toujours soif, n’en ont jamais assez
Et c’est la mort, la mort toujours recommencée
Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente
D’accord, mais de mort lente

O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres
Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu! laissez vivre les autres!
La vie est à peu près leur seul luxe ici bas
Car, enfin, la Camarde est assez vigilante
Elle n’a pas besoin qu’on lui tienne la faux
Plus de danse macabre autour des échafauds!
Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente
D’accord, mais de mort lente

Published in: on 9 mai 2007 at 11:59  Comments (1)  

Une île néo-impressionnante

La National Gallery de Londres propose une exposition inédite consacrée du 21 février au 20 mai 2007 aux plus beaux paysages peints par Renoir. Les 70 tableaux présentés dans cette exposition illustrent pour la première fois cet aspect de l’oeuvre de Renoir que sont les paysages, champ d’expérimentation privilégié où l’artiste explore des compositions et des structures picturales dans de nouvelles directions. L’exposition « Renoir Landscapes 1865-1883 » nous offrent les plus beaux paysages de Renoir, prêtés par des musées internationaux et des collections privées américaines et européennes. Difficilement classable, Renoir avait appartenu à l’école impressionniste, mais s’en est assez vite écarté, plus intéressé par la peinture de corps féminins.

Une autre fraction de l’école impressionniste s’est constituée en 1886 avec le néo-impressionnisme. Le néo-impressionnisme est un terme qui fait référence à une technique picturale consistant pour le peintre à ne pas mélanger ses couleurs pures sur sa palette ou directement sur le tableau, mais à les juxtaposer sous forme de petites touches.

A la dernière exposition du groupe des Impressionnistes de 1886, Pissarro imposa Seurat et Paul Signac contre la volonté de Monet, Renoir, Sisley et Caillebotte qui se retirèrent de l’ exposition. Le grand tableau de Georges Seurat « Un dimanche après-midi à la Grande Jatte » a pu y être dès lors considéré comme l’oeuvre fondatrice du Divisionnisme à l’origine du mouvement néo-impressionniste qui a influencé toute la peinture contemporaine. Dans cette composition, les contrastes de l’ombre et de la lumière sont admirablement répartis dans l’espace.

Perle de verdure dans un écrin aquatique illustre, la Seine, l’Ile de la Jatte est connue dans le monde entier grâce au chef-d’oeuvre de Georges Seurat. C’est aussi l’Ile des Impressionnistes la plus proche de Paris. Elle inspira Claude Monet, Paul Signac, Alfred Sisley, Vincent Van Gogh, puis Albert Gleizes et de nombreux autres artistes…

L’île de la Jatte est une île de la Seine, de 2 km de long environ, située dans les Hauts-de-Seine où elle est rattachée administrativement à la commune de Neuilly-sur-Seine pour sa plus grande partie. Selon un hebdomadaire satirique qui paraît le mercredi, Nicolas Sarkozy, ex-maire de Neuilly, a acquis un appartement situé sur l’île de la Jatte à un prix 12 à 35% moins élevé que ceux constatés lors de transactions réalisées au même moment dans la même résidence. Selon Le Canard enchaîné, Nicolas Sarkozy a bénéficié d’un rabais d’au moins deux millions de francs (300.000 euros) lors de l’achat et l’aménagement d’un duplex à Neuilly en 1997 et depuis le couple Sarkozy aurait revendu le duplex en novembre 2006 pour 1,94 million d’euros, réalisant une plus-value de 122%.

Sarko en déplacement en Espagne aura beau se défendre comme un beau diable, c’est pas évident de faire « pan sur le bec » au Canard.

L’île de la Jatte a été le point de départ d’un fameux mouvement pictural. Cette même île, 120 ans après, sera-t-elle un nouveau virage de la campagne 2007. Quelle impression de pointillisme ou de divisionnisme sera retirée par les électeurs ?

Published in: on 1 mars 2007 at 6:34  Comments (5)  

Go green

Le week-end a été très vert dans l’ensemble. Tout d’abord à Dublin où les diables verts ont obtenu une victoire historique sur les ennemis anglais. A Dublin dans l’antre de Croke Park, le symbole de l’indépendance irlandaise, le XV de la Rose a affiché toutes ses carences face à une formation qui rivalisait dans l’impact physique et dans la discipline. Les percussions répétées d’un pack anglais en manque de puissance et d’une ligne de trois-quarts à la créativité désastreuse n’ont pas suffi. A sept mois de la Coupe du monde, le temps presse pour l’équipe actuelle détentrice du trophée de l’ovale planétaire. Dans ce contexte, la venue de la France, dans quinze jours à Twickenham, sera donc capitale.

 

Samedi soir à la cérémonie des Césars, Yann Arthus-Bertrand remet le César à Karl Zéro et Michel Royer pour « Dans la peau de Jacques Chirac », premier documentaire primé en France. Au préalable, il a imploré la profession cinématographique française d’être plus écologiste et de s’engager dans le combat pour l’environnement.

La veille, il avait fait une déclaration écologisante surprenante, lui, le photographe connu pour avoir dirigé une réserve animalière en Afrique en déclarant que « les troupeaux d’éléphants sont toujours dirigés par une femelle » et qu' »à chaque fois que de vieux éléphants se perdaient dans la nature, ils retrouvaient leur troupeau grâce à des femelles » (sic).


 

Pour rester dans le cinéma, l’édition 2007 de la remise des Oscar a été marquée par une conversion à l’écologie et des paillettes colorées en vert. Au cours de la cérémonie, l’ancien vice-président Al Gore, nouveau chantre de l’environnement, a annoncé que, pour la première fois, les Oscars étaient devenus verts. Avec l’aide du Natural Resources Defense Council, une O.N.G. de défense de l’environnement, les producteurs de la soirée « ont appris qu’il était facile (et souvent économique) de faire de petits changements pour réduire l’empreinte écologique d’Oscar ». Dans une rubrique baptisée « Go Green » (Soyons verts), le site Internet des Oscars donne des conseils pour soulager l’environnement.

Ce qui est inédit, c’est d’entendre un acteur de la stature de Leonardo DiCaprio lancer un appel à consulter le site Internet des Oscars pour lire ces conseils, divisés en six chapitres, pour soulager l’environnement du poids de la consommation.

  • Save Energy on the Road (Économisez l’énergie sur la route);
  • Save Energy at Home (Économisez l’énergie à la maison);
  • Save Resources at Home (Économisez les ressources à la maison);
  • Save Resources at Work (Économisez les ressources au travail);
  • Conserve Water (Conservez l’eau);
  • Support Organic & Sustainable Farming (Encouragez l’agriculture biologique et durable).

L’appel écolo lancé par Leonardo DiCaprio a-t-il été réellement entendu par le milliard de personnes rivées à leur écran de télévision pour voir la 79e remise des Oscars ? On peut en douter dans un pays qui n’a toujours pas ratifié Kyoto.

Published in: on 26 février 2007 at 11:28  Laisser un commentaire  

Mémoire et breloques

« Certains témoins mentionnent qu’aux derniers jours du procès de Maurice Papon, la police a empêché un clown de rentrer dans la salle d’audience. II semble que ce même jour, il ait attendu la sortie de l’accusé et l’ait simplement considéré à distance sans chercher à lui adresser la parole. L’ancien secrétaire général de la préfecture a peut-être remarqué ce clown mais rien n’est moins sûr. Par la suite l’homme est revenu régulièrement sans son déguisement à la fin des audiences et aux plaidoiries. À chaque fois, il posait sur ses genoux une mallette dont il caressait le cuir tout éraflé. Un huissier se souvient de l’avoir entendu dire après que le verdict fut tombé :– Sans vérité, comment peut-il y avoir de l’espoir ? »

C’est par cet extrait évoquant un pseudo fait réel lors du procès de Bordeaux en 1998 que s’ouvre le roman « Effroyables Jardins » de Michel Quint paru en 2000.

En 1984, soit seize ans avant, l’écrivain Didier Daeninckx publie le roman « Meurtres pour mémoire » qui relate la dérive sanglante de la manifestation FLN d’octobre 1961 et évoque Papon sans le nommer. Dans la nuit du 17 octobre 1961, plus de 11 000 arrestations sont opérées, les manifestants (plus de 200) sont battus, torturés, assassinés, jetés dans la Seine. Un crime qui ne sera reconnu que quarante années plus tard.

Lorsque Daeninckx écrit « Meurtres pour mémoire », l’affaire Papon a déjà éclaté en 1981, mais elle est loin d’avoir le retentissement qu’elle aura par la suite. Pendant les seize ans de la procédure, l’ actualité en France va être rythmée par la difficile tenue du procès Papon. Ce roman policier a été l’un des éléments de la prise de conscience en France de ce problème posé par Papon en 1942 et dans les années 60. On peut dire que ce livre a pesé politiquement sur la façon dont les Français ont été obligés de regarder leur histoire en face.

En clair, nous avons perdu cette semaine un personnage romanesque qui finit aujourd’hui avec une misérable polémique médiatique à propos de la légion d’honneur placée ou non dans son cercueil. Le vrai roman de l’ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde sera d’être le symbole de la complicité de certains hauts fonctionnaires français avec le régime nazi durant l’occupation allemande. Condamné en 1998 à 10 ans de prison pour « complicité de crimes contre l’humanité » pour son rôle dans la déportation des juifs et en fuite en Suisse, il n’a été arrêté qu’en 1999. M. Papon n’a purgé que trois ans de sa peine, car il a été libéré pour raisons de santé.

Pour beaucoup de monde et notamment d’algériens, un criminel s’en est allé dans l’impunité avec ou sans breloques. Tous les romans, tous les procès ne peuvent avoir qu’un seul but ultime: la recherche de la vérité, de la justice et de la mémoire.

Published in: on 22 février 2007 at 7:20  Laisser un commentaire  

Le vice et la vertu

Nous avons déjà eu l’occasion de parler de mathématiques dans ce blog. Nous avions parlé d’algèbre avec Sarkozy. Parlons maintenant de géométrie avec Mme Royal. Pendant longtemps, la référence en matière de géométrie politique était Pierre Dac avec son célèbre aphorisme :  « le carré de l’hypoténuse parlementaire est égal à la somme de l’imbécillité construite sur ses deux côtés extrêmes ».

La candidate socialiste avait commencé son discours de Villepinte par parler du poids de la dette. Donc, pour tout candidat, faire un programme ambitieux en connaissance du service de la dette relève réellement de la quadrature du cercle. La quadrature du cercle fait partie des trois grands problèmes classiques de l’Antiquité, avec la trisection de l’angle et la duplication du cube. Dans des textes anciens, le scribe égyptien Ahmès et le grec Anaxagore de Clazomènes proposaient déjà une solution approchée du problème. Le problème consistant à construire un carré de même aire qu’un cercle donné à l’aide d’une règle et d’un compas a occupé de nombreux mathématiciens aux cours des siècles. Ce problème est resté populaire et de nombreux quadrateurs amateurs envoient encore aujourd’hui de fausses preuves aux académies scientifiques.

La prestation de Ségolène Royal lundi soir dans l’émission « J’ai une question à vous poser » sur TF1 était vraiment déterminante. La candidate socialiste, en baisse constante dans les sondages, devait convaincre les indécis. Les commentaires comme toujours sont variés selon la place sur l’échiquier politique. L’ancien ministre UMP François Fillon aurait jugé « ennuyeuse » l’intervention de la candidate socialiste et estime qu’elle « tourne en rond » en déclarant qu’ elle a inventé une nouvelle figure géométrique : le cercle vertueux.

Il est vrai qu’elle a ponctué régulièrement son discours des expressions « gagnant-gagnant » et « cercle vertueux ». Ceci vient sûrement en complément de l’ «ordre juste ». Un cercle vertueux est un ensemble de cause à effet qui améliore le système entier. Le cercle vertueux est essentiellement utilisé en économie, par exemple : « économiser rend riche, être riche permet d’économiser plus » etc. Cette image, inverse d’un cercle vicieux, est cependant parfois invoquée pour illustrer une pensée psychologique ou philosophique. 

N’oublions pas que l’actuel locataire de l’Elysée s’appelle Chirac. Après le chant du cygne du sommet franco-africain nous avons eu droit mardi au congrès de Versailles avec trois modifications constitutionnelles qui concernent le statut pénal du chef de l’État, l’abolition de la peine de mort et la suppression du droit de vote  à certains aux élections provinciales de Nouvelle-Calédonie. L’histoire dira si un cercle vertueux a remplacé le cercle vicieux qui caractérise le septennat et le quinquennat chiraquien (dissolution de 1997, 21 avril 2002 et 29 mai 2005).

Published in: on 20 février 2007 at 12:05  Comments (1)  

Tarzan se délocalise

Les hommes politiques ont toujours eu un rapport plus ou moins étroit avec le sport et le monde sportif. On se souvient lors de la Coupe du monde en 98 des approches respectives de Chirac et Jospin : Jospin, l’ancien basketteur, aime le sport et Chirac, plus populiste, aime les sportifs. Aujourd’hui, les deux principaux candidats font en campagne des déclarations sur le sport et notamment sur la jeune tête de file qu’est Laure Manaudou.

Sarkozy concernant les « sports stratégiques » parle de créer pour eux des centres de recherche et de développement disposant des meilleurs chercheurs, des meilleurs équipements et des meilleurs entraîneurs. Pour lui, les succès d’Emilie Le Pennec en gymnastique et de Laure Manaudou en natation, deux disciplines phares de l’Olympisme, sont encourageants et doivent être consolidés.

A Libourne, le groupe Arena, qui a acheté l’image de Laure Manaudou, a décidé que la délocalisation en Chine de son site de production apporterait des dividendes supplémentaires aux actionnaires. Après annonce du départ par le groupe, les salariés se mobilisent pour refuser ce diktat. Ségolène Royal, elle, décide de soutenir les salariés et demande à la direction du groupe un moratoire d’un an – minimum…


Né en 1904, Austro-Hongrois, ancien champion olympique américain, Péter János Weissmüller dit Johnny Weissmuller est mort en 1984 à Acapulco au Mexique.

Le petit village de Medja, à la frontière entre la Serbie et la Roumanie, veut ériger une statue à la mémoire de Johnny Weissmüller, le plus célèbre acteur à avoir incarné le rôle de Tarzan au cinéma, et qui vient de la région. Les habitants de Medja ont été inspirés par la décision d’un autre village de Vojvodine, Zitiste d’ériger une statue présentant le boxeur Rocky Balboa, le célèbre personnage de cinéma incarné par l’acteur américain Sylvester Stallone, afin de conjurer le mauvais sort.
Pour les habitants, l’initiative était avant tout motivée par la volonté de marquer un détail intéressant de l’histoire du village. La maison où Weissmüller est né existe encore, une cousine Weissmüller, Tereza Stojanovic, est encore vivante et vit à Belgrade alors que plusieurs membres de la famille ont été enterrés au cimetière de Medja.

Une des particularités de Johnny Weissmuller était de nager le crawl avec la tête en dehors de l’eau, méthode totalement abandonnée depuis. Laure Manaudou, elle, utilise un battement atypique des jambes (elle ne les sollicitent quasiment pas).

Les ouvrières d’Arena ont vu partir leur outil de travail en Chine, le jeune Péter János est devenu citoyen américain et champion olympique en traversant l’Atlantique, Laure a quitté Fontainebleau pour nager en Roussillon et les habitants des Balkans accueillent Tarzan. La délocalisation décidément on la trouve partout.

Published in: on 17 février 2007 at 9:19  Laisser un commentaire  

Une campagne fleurie

Des biologistes britanniques spécialistes des changements climatiques sur la biologie ont constaté que le réchauffement de la planète provoquait une éclosion précoce des fleurs au printemps. Les chercheurs de l’Université de York ont observé que la date d’éclosion de 385 espèces de fleurs a varié de 4,5 jours à 15 jours depuis 10 ans.

Pour rester dans les fleurs, ces jours-ci, le ministre-candidat a fait un déplacement électoral dans l’île de la Réunion. Comme dans beaucoup d’endroits des D.O.M., il a été accueilli avec des fleurs. Espérons qu’il ne s’est pas pris pour un être d’essence divine car autrefois, on faisait des offrandes de fleurs aux divinités et les femmes offrent encore des couronnes de fleurs en signe de bienvenue.

Les fleurs sont présentes dans la politique mais aussi dans la religion et les mythologies — les roses de la Vierge, le lotus de Nefertoum ou de Brahmâ — et servent de symbole — le lys pour la monarchie, la rose pour Mitterrand et les socialistes.

Les fleurs ont une symbolique particulière, chacune a sa propre signification et si aujourd’hui on choisit souvent les fleurs d’un bouquet en fonction des couleurs ou des odeurs, certains connaissent encore le sens accordé à chaque fleur.

Depuis longtemps, la rose, fleur la plus cultivée au monde, possède une symbolique forte. Dans la mythologie grecque, on dédiait la rose à Aphrodite ; chez les Romains, on la dédiait à Vénus, toutes deux déesses de la beauté. La rose est certainement la fleur préférée des Français et donc celle qui s’offre le plus.

Sous le règne de Louis XIV, la tulipe était la fleur officielle de la cour et vers 1700 on la trouve principalement en Turquie. Aujourd’hui, la tulipe, véritable blason des Pays-Bas,
constitue une production de plusieurs milliards de dollars et attire des millions de visiteurs tous les ans au moment de sa floraison.

L’œillet, symbole de l’amour ou paradoxalement pour beaucoup du mauvais sort, a marqué politiquement le Portugal lors la  » révolte des œillets  » contre la dictature de Caetano en 1974.

Dans le langage des fleurs, le coquelicot incarne l’« ardeur fragile ». Le coquelicot est associé dans les pays du Commonwealth au souvenir des soldats tombés lors de la Première Guerre mondiale. Cette allégorie du coquelicot découle du poème « Flanders Fields » datant du printemps 1915. Les coquelicots fleurissaient dans les pires champs de bataille de la Somme et des Flandres, et leur couleur rouge est un symbole approprié pour le bain de sang de la guerre de tranchées.

En fait le coquelicot serait un indicateur naturel de mauvaise santé de la terre, et c’est peut être ce message paradoxal que veulent faire passer les partisans de José Bové avec sur l’affiche, un coquelicot et un slogan : «Osez Bové». Le coquelicot est une fleur sauvage, un indicateur de pollution.

Le coquelicot c’est aussi cette fleur sauvage de couleur rouge et noire qui flétrit dès qu’on l’arrache à sa liberté. Pour un candidat qui risque de finir sa campagne derrière les barreaux d’une prison, il fallait oser.

Published in: on 16 février 2007 at 1:17  Laisser un commentaire