Saga Africa

Comme nous l’avons déjà vu, sitôt élu, notre nouveau sarkoprésident s’est offert des vacances bien méritées au large des côtes de Malte sur le yacht de son ami Bolloré. La famille Bolloré a fait valoir sa tradition historique de l’accueil. Force est de constater, photo à l’appui, que Blum prénommé Léon avait été hébergé en Bretagne par l’oncle Gwen-Ael, ancien combattant et héros du débarquement en Normandie dans le commando Kieffer. Les héritiers de Blum ont du admettre le fait malgré les premières dénégations. Décidément on commence à comprendre l’insistance de Sarkozy de recycler Blum et Jaurès. Peut être va-t-on nous apprendre que Jaurès si attaché aux langues régionales (à l’époque on disait les patois) est venu apprendre le breton dans les papeteries familiales sur les bords de l’Odet.


Nous savons que le nouveau président est venu rejoindre Paris le 10 mai pour commémorer l’abolition de l’esclavage avec son ami Jacques Chirac. Là aussi, il y a paradoxe entre le symbole de cette journée et les activités mercantiles de ses amis néocoloniaux et « françafricains ».

L’Afrique n’a pas occupé une place centrale dans la campagne présidentielle, a part pour Sarkozy le discours du meeting UMP de Toulon et un discours sur la politique internationale en février 2007. Tout en se présentant comme un « ami des africains » et souhaitant tout faire pour son  »développement », entre autres comme un remède à l’immigration, il juge néanmoins l’action de la France en Afrique globalement positive. Nicolas Sarkozy soutient également les multinationales françaises : « Il n’y a en réalité qu’un petit nombre de grands groupes français qui réalisent une part importante de leurs activités en Afrique. […] Bouygues, Air Franc, Bolloré, n’ont pas besoin de la diplomatie française pour exister et se développer en Afrique.». Enfin, Nicolas Sarkozy souligne le rôle positif de la colonisation : « Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen. »

Pour beaucoup, la réalité est plus forte que le rêve. Au Congo Brazzaville et au Gabon, le pétrole enrichit TotalFinaElf, qui affichait, en 2005, un bénéfice record de 12 milliards d’euros. Au Cameroun, au Congo Brazzaville et au Gabon, le bois fait la fortune de Bolloré (1 milliard de chiffres d’affaires en 2004).

Le saccage des forêts primaires d’Afrique centrale est plus effectif que dans les discours officiels. Au niveau écologique, l’écosystème est loin d’être préservé. Il s’agit d’une exploitation intensive de quelques essences recherchées sur le marché international. Les conséquences des coupes de bois sur le renouvellement de la faune et de la flore sont désastreuses. Pour Greenpeace, les forêts primaires constituent pourtant un enjeu crucial puisqu’elles concentrent 80 % de la biodiversité des terres immergées. Or, plusieurs exploitants forestiers dont Bolloré, en Afrique notamment, s’enfoncent toujours plus profondément au cœur des forêts anciennes.

Chirac avait dit : « la maison brûle, nous regardons ailleurs ». Avec des amis comme Bouygues et Bolloré, la France n’a pas fini de tourner la tête. Rassurons-nous, dans cinquante ans la famille Bolloré continuera d’accueillir des grands de ce monde. Pour les pygmées, il faudra voir ailleurs.

Published in: on 12 mai 2007 at 7:26  Laisser un commentaire  

Ombres et lumières des diamants

Noël arrive avec son cortège de mille éclats. Qui dit éclat, dit aussi diamants. Même si cela n’a pas grand chose à voir avec la tradition un grand magasin japonais propose un gâteau de Noël au chocolat décoré de véritables diamants. Ce gâteau exposé jusqu’au 25 décembre, haut de 35 cm et glacé avec quelque cent gemmes, soit environ 50 carats, est vendu 100 millions de yens (645.200 euros) hors taxes.

“Diamonds are a girl’s best friends ! » Et oui, c’est l’inoubliable Marilyn qui nous susurrait que les diamants sont les meilleurs amis de la femme. Mais c’est aussi le meilleur ennemi de l’homme puisque les ONG comme Amnesty ou Oxfam parlent depuis quelque temps des « diamants de la guerre » essentiellement sur le continent africain.

L’Afrique centrale est devenue le théâtre d’un «nouveau type de guerre» où le déploiement et l’activité des armées nationales sont purement orchestrés en fonction de l’exploitation commerciale des mines de diamants. Les diamants forment une économie parallèle et criminalisée de plusieurs milliards de dollars avec une commercialisation passant par des circuits compliqués et le travail artisanal de milliers de revendeurs et de « petites mains ». L’extraction alluviale du diamant nécessite peu ou pas de moyens techniques contrairement au cuivre ou au pétrole induisant des moyens d’envergure industrielle. La communauté internationale a pris conscience, à la fin des années 90, de l’existence d’un trafic illicite de diamants en Afrique. Des groupes rebelles agissant en Sierra Leone, en Angola ou en République Démocratique du Congo (RDC) utilisent notamment la réquisition forcée de mines pour acheter des armes et maintenir des conflits sanglants dans la région.

En 2002, le gouvernement du Botswana a violemment expulsé les Bushmen de leur territoire dans le Kalahari central où la compagnie De Beers mène des prospections diamantifères. Les Bushmen avaient appelé au boycott de ces diamants tant qu’ils n’étaient pas autorisés à retourner sur leur territoire. Ils viennent de remporter une victoire juridique et vont pouvoir se réinstaller sur la terre de leurs ancêtres. Les Bushmen avaient, au préalable et par l’entremise du célèbre magazine américain Variety, lancé un appel désespéré à Leonardo di Caprio vedette du film ’The blood diamond’. « Des amis nous ont dit que vous jouez dans le film « The blood diamond » qui montre à quel point les diamants peuvent faire souffrir. ».

Ce film qui sort en France le 31 janvier 2007 pourrait, à l’instar du film « Indigènes » avec les pensions militaires des tirailleurs africains, avoir une incidence politique et représenter une menace à long terme pour l’industrie du diamant en jouant sur les inquiétudes des consommateurs. L’une des ripostes des diamantaires est de mettre en lumière le Processus de Kimberley, mandaté par l’ONU, dont le but de mettre en place un Système de certification (SCPK) qui authentifie la provenance licite et éthique des diamants.

Joyeux Noël aux Bushmen. Merci pour eux à Leonardo. Merci pour tout, Marilyn

Published in: on 18 décembre 2006 at 5:41  Laisser un commentaire