Post-scriptum à Kissinger

J’veux te raconter Kissinger/ L’histoire d’un de mes amis,/ Son nom ne te dira rien,/ II était chanteur au Chili./
Ça se passait dans un grand stade,/ On avait amené une table,/ Mon ami qui s’appelait Jara/ Fut amené tout près de là./
On lui fit mettre la main gauche/ Sur la table et un officier/ D’un seul coup avec une hache,/ Les doigts de la gauche a tranché./
D’un autre coup il sectionna/ Les doigts de la dextre et Jara/  Tomba, tout son sang giclait,/ 6000 prisonniers criaient./
L’officier déposa la hache,/ II s’appelait p’t’être Kissinger,/ Il piétina Victor Jara,/ Chante dit-il, tu es moins fier./
Levant ses mains vides des doigts/ Qui pinçaient hier la guitare,/ Jara se releva doucement,/ Faisons plaisir au commandant./
Il entonna l’hymne de l’U,/ De l’unité populaire,/ Repris par les 6000 voix/ Des prisonniers de cet enfer./
Une rafale de mitraillette/ Abattit alors mon ami,/ Celui qui a pointé son arme/ S’appelait peut-être Kissinger./
Cette histoire que j’ai racontée,/ Kissinger, ne se passait pas/ En quarante deux mais hier,/ En septembre septante trois.

Voilà la lettre qu’ adressa le chanteur belge Julos Beaucarne à Kissinger dans les années septante. Près de 30 ans après je voudrais rajouter un codicille ou un post-scriptum. 

Mon cher Heinz, puis que tel est ton prénom toi qui est né en 1923 en Allemagne au cœur de l’Europe. Donc Heinz (ou Henry), je viens te parler de ton ami Augusto. Tu l’as peut être oublié, mais c’était ton ami, en fait quelqu’un à qui on a donné un jour un sacré coup de main.

Tu sais, Heinz, Augusto est mort le 10 décembre à 91 ans. Il est mort sans passer devant la justice, pourtant il avait du sang sur les mains. Tu me diras, c’est pas le seul, mais lui le monde entier l’a vu quasiment en direct.

Certains ont soupçonné que les autorités américaines aient été sinon impliquées du moins informées de ces exactions. Juan Guzmán Tapia, un juge, a même demandé en vain dès juillet 2001 de t’interroger comme témoin dans le cadre d’une enquête sur l’assassinat d’un journaliste américain. Il est vrai que l‘hostilité des États-Unis au gouvernement Allende ne faisait aucun doute vraisemblablement en raison du précédent du régime de Castro. Là aussi, c’est la « faute à Fidel » comme dit la fille Gavras.

 Peut être te demandes tu pourquoi je m’intéresse à une histoire de plus de 30 ans dans un pays qui est soit-disant le premier de la classe de toute l’Amérique Latine. En fait, j’avais 15 ans en 1973 quand un président démocratiquement élu a été poussé au suicide par un putsch militaire. Tu te souviens, 15 ans, c’est l’age que tu avais quand ta famille a quitté l’Allemagne pour ne pas avoir à porter l’étoile jaune et fuir les persécutions nazies.

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Published in: on 12 décembre 2006 at 10:00  Laisser un commentaire  

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