Ni Guernica, ni Goya, mais ….

Depuis près d’un mois et jusqu’au 18 novembre se tient, à New York, la dernière exposition du peintre et sculpteur colombien Fernando Botero. Ses portraits et sculptures marqués par des personnages heureux et rondouillards ont enchanté des millions d’amateur au travers du monde.

Mais la dernière exposition du célèbre colombien traite de la prison irakienne d’Abou Ghraib. Ce sujet sulfureux fort différent de ses habituels travaux a pris corps chez l’artiste à la lecture dans le « New Yorker » des sévices et tortures exercés par les militaires états-uniens. Pendant 14 mois, Botero a créé environ une centaine de peintures de grande taille et de dessins. Environ la moitié de ces œuvres est à la Marlborough Gallery. Cette collection dépeint des prisonniers battus, sexuellement maltraités, les yeux bandés, recouverts d’un capuchon, entravés avec des cordes, attaqués par des chiens ou forcés de porter des sous-vêtements féminins. Botero indique qu’il n’a employé aucune des photos célèbres d’Abou Ghraib pour l’inspiration, mais s’est seulement appuyé sur les textes des articles.

Comme Goya avec « Tres de mayo » après les massacres napoléoniens en Espagne ou Picasso avec « Guernica » suite au bombardement des civils basques un jour de marché, le plasticien colombien a connu, « la rage au ventre », l’urgence artistique et citoyenne de la création.

Dans le pays de Bush et du « Patriot act » de l’après onze septembre, il n’est pas étonnant qu’un artiste, même du renom de Botero, soit obligé de se rabattre vers une galerie de second rang. Il est regrettable que les grands musées new-yorkais ne lui aient pas ouvert leur porte et que le successeur de Goya et Picasso connaisse le boycott dans le haut lieu de la culture américaine. Certains médias américains ont même eu le cran de s’étonner : « – Not Quite Goya » ( ce n’est tout de même pas Goya).

Botero aurait gardé la propriété de toutes ses peintures (aucune d’elles n’est en vente) et espère toutefois que ses peintures trouveront une collection permanente dans un musée aux Etats-Unis. Le départ de Rumsfeld et la claque des congressistes républicains va peut être arranger les choses. Le « Guernica » est revenu en Espagne, mais ce n’est pas demain la veille que nous aurons une expo Botero à Bagdad !

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Published in: on 15 novembre 2006 at 8:02  Laisser un commentaire  

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