Les soldats et les guerres

Durant un mois, un film français a été à la tête du box-office du cinéma hexagonal. Il s’agit bien sûr du film Indigènes avec Jamel Debbouze et Samy Naceri. A titre de devoir de mémoire, ce film relate le parcours de quatre « indigènes », soldats oubliés de la première armée française recrutée en Afrique pour libérer la France. Nous vivons avec émotion l’histoire des goumiers Abdelkader, Saïd, Messaoud et Yassin, envoyés en première ligne de Monte Cassino à la frontière allemande.
Plus que les qualités cinématographiques de cet opus, ce qui restera dans les mémoires est le bras de levier politique qu’il est devenu. L’acuité du débat sur la colonisation et ses suites alimenté entre autres par la récente loi CESEDA sur l’immigration, a accru l’intérêt du public pour ces questions. Le jour de la sortie du film en salles, le gouvernement a annoncé que les 80 000 anciens combattants « indigènes »encore vivants percevront les mêmes retraites que leurs compagnons d’armes français.


Le suspense de l’automne (pas vraiment …) a cessé le 6 novembre avec la proclamation du Goncourt. Le verdict prononcé en l’absence de Jonathan Littell, récipiendaire atypique reste sans appel en jugeant la réussite littéraire de l’année malgré les contrefeux hargneux allant de Christine Angot à Claude Lanzmann. Depuis septembre, le roman « Les Bienveillantes » qui évoque un ancien bourreau nazi pourtant instruit qui se raconte méthodiquement et sans émoi passionne de nombreux et divers lecteurs. La condition de ce tortionnaire  cristallise cette trouble frontière qui existe entre humanité et inhumanité. Littell vient nous poser l’éternelle question du bien et du mal.

Avec le battage médiatique, ce livre de 900 pages est devenu quasiment un classique. A l’instar des grands anciens, peu importe que des personnages comme Bardamu, Don Quichotte ou Emma Bovary n’aient pas d’équivalents dans le monde réel. Et seule l’émotion qui étreint le lecteur est d’importance pour les lecteurs de roman.  
Doit on opposer le bien contre le mal, les goumiers indigènes à l’officier SS imaginaire ? Les étudiants brillants et les soldats indolents ?

 Nous avons vu comment G.W. Bush a exploité sans coup férir une blague douteuse du sénateur Kerry devant un parterre d’étudiants californiens : « Vous savez ce qui vous attend si vous n’étudiez pas, si vous n’êtes pas brillants, si vous êtes paresseux intellectuellement ? Vous finissez coincés (getting stuck) dans une guerre en Irak». Cette plaisanterie visant Bush est devenue une insulte aux militaires qui ont pu comprendre qu’il n’y avait que des ignares qui se battent en Irak. Pour nombre de soldats issus  de milieux modestes ou défavorisés, l’armée est souvent la seule façon possible de réussir dans la vie. Mais ce n’est pas de leur faute s’ils risquent leurs vies ! Ce ne sont jamais les soldats qui déclarent les guerres !
Littell et Bouchareb ne diront pas le contraire.

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Published in: on 8 novembre 2006 at 2:12  Laisser un commentaire  

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