Horizons lointains et brumeux

Depuis le milieu de la semaine dernière, Ségolène Royal a multiplié les interventions médiatiques pour tenter de contrer l’impression de flottement dans sa campagne. Il est vrai que Sarkozy a marqué les esprits et l’espace médiatique depuis son « sacre de la Porte de Versailles ». La semaine a connu quelques ratés entre l’intox de la Sapinière et la montebourde sur le « compagnon-premier secrétaire ». Sur France 3,  TF1 et Canal +,  la candidate a martelé un même message : elle ne changera rien et sa campagne participative continuera jusqu’au 11 février, même si elle a « hâte de la confrontation des projets avec Nicolas Sarkozy ».

 L’impression générale des observateurs est que la campagne royaliste connaît quelques ratés. On emprunte souvent à ce sujet la terminologie aéronautique des turbulences et du trou d’air. Une turbulence est un phénomène imprévisible intervenant en vol. Elle se caractérise par un écoulement de l’air très irrégulier, tourbillonnaire et chaotique. La turbulence perturbe donc le flux des particules d’air s’écoulant sur le fuselage et les ailes de l’avion, modifie la dynamique de la portance et a pour effet de secouer l’avion en donnant cette impression caractéristique de « trou d’air ». En fait, le trou d’air n’existe pas, car l’air occupe tout l’espace dont il dispose. Pour rester dans les avions, on sait que le brouillard est redoutable car le décollage et l’atterrissage sans visibilité se font à l’aide des instruments de vol.

Le brouillard, de la part d’une candidate dont le programme est toujours on ne peut plus évanescent,  nous amène également sur le terrain du flou artistique, du sfumato comme disait Leonardo Da Vinci. Le sfumato signifie évanescent, avec une rappel d’enfumé. C’est une technique de peinture que Léonard mit au point, et décrivit comme « sans lignes ni contours, à la façon de la fumée ou au-delà du plan focal ». A ce titre, on se souvient essentiellement de La Joconde, portrait d’une jeune femme vraisemblablement enceinte, sur fond d’un paysage montagneux aux horizons lointains et brumeux.

 

Un chercheur florentin, spécialiste de la Joconde, affirme avoir découvert avec certitude quand Mona Lisa est morte, le 15 juillet 1542, ainsi que son lieu de sépulture, à Sant’Orsola, un couvent du centre de Florence où elle avait passé les dernières années de sa vie. De son vrai nom Lisa Gherardini, la Joconde est née en mai 1479 et a été la seconde femme d’un riche marchand de soie, Francesco del Giocondo, dont elle a eu cinq enfants. Un expert reconnu sur la question, Carlo Pedretti , a exprimé son souhait de voir les restes présumés de Mona Lisa exhumés afin de faire l’analyse de son ADN en vue d’identifier le modèle du tableau.

C’est vrai que le sourire de Ségolène rappelle celui de la Joconde, mais les français attendent plus qu’un sourire.

Publié dans: on 22 janvier 2007 at 12:03 Commentaires (0)

Inventaire à la … Sarkozy

une grande famille avec Alain Juppé, une victoire de Jacques Chirac en 2002, une exigence morale du Général de Gaulle, un rêve si beau de Jacques Chaban-Delmas, un premier mandat avec Achille Peretti, une confiance ministérielle d’ Edouard Balladur,

un raton laveur  

la passion de la politique de Georges Mandel, le visage de Guy Môquet quand il est fusillé, le visage ensanglanté de Moulin sous la torture, un Félix Eboué petit-fils d’esclave, le “J’accuse” de Zola, une fille de Lorraine Jeanne devant ses juges, un proscrit qui s’appelle Victor Hugo, une force du Tigre pour Clemenceau, une dignité d’une femme qui  s’appelle Simone Veil, un appel pathétique de l’abbé Pierre un jour d’hiver 54, un mai 68 avec Georges Pompidou qui évite le pire

et…

cinq ou six ratons laveurs

un pays qui, entre le drapeau blanc et le drapeau rouge a choisi le drapeau tricolore, la France de Saint-Louis et celle de Carnot,  celle des croisades et de Valmy, celle de Pascal et de Voltaire, celles des cathédrales et de l’Encyclopédie, celle d’Henri IV et de l’Edit de Nantes, celle des droits de l’homme et de la liberté de conscience, celle des travailleurs qui ont cru à la gauche de Jaurès et de Blum (grrr), celle de Camus face au drame algérien

un Petit Poucet un grand pardon un calvaire de pierre une échelle de corde deux sœurs latines trois dimensions douze apôtres mille et une nuits trente-deux positions six parties du monde cinq points cardinaux dix ans de bons et loyaux services sept péchés capitaux deux doigts de la main dix gouttes avant chaque repas trente jours de prison dont quinze de cellule cinq minutes d’entracte.

et…

plusieurs ratons laveurs.  

Merci à Jacques Prévert, aux ratons laveurs et … au nègre de Sarkozy

Publié dans: on 15 janvier 2007 at 4:22 Commentaires (0)

Le silence est d’or

Le documentaire de l’Allemand Philip Gröning Le Grand Silence, qui aborde la vie d’une communauté de Chartreux en France, sorti le 22 décembre dernier, semble avoir un certain succès d’estime à l’étonnement des programmateurs. Le réalisateur du documentaire sur la vie monastique (prix du jury au festival de Sundance 2006)  n’affiche pas un engagement catholique délibéré. Il donne cependant un sens à son film : “Fonder la réussite sur le travail, l’argent, la situation, ne correspond plus à la société actuelle. La vie des moines nous rappelle d’autres valeurs.”

On se souvient de la sentence proverbiale : « le silence est d’or ». Les moines de la Chartreuse sont en quelque sorte des héritiers de l’égyptien Macaire. Saint Macaire le Grand (Makarios en grec ou Abu Magar en arabe) naquit en l’an 300 dans un village du Delta du Nil, et exerça d’abord la profession de chamelier. Obéissant à un appel de Dieu, il se retira seul dans une cellule de son village pour y vaquer à la vie ascétique et à la prière et devenir anachorète. Quelqu’un lui demanda un jour comment progresser dans la voie du salut. Le Saint l’envoya au cimetière injurier les morts puis leur adresser des louanges, et il lui dit à son retour: « Vois-tu, les cadavres ne t’ont rien répondu. De même, toi aussi, si tu veux être sauvé deviens comme mort, ne comptant pour rien le mépris des hommes ou leurs louanges. Sois comme les morts et apprends à te taire! ».

Un qui a appris à se taire, et ça marche, c’est Chirac. Il fallait voir tout le monde s’être  précipité à l’Elysée  pour assister aux vœux du Président à la Presse. On a littéralement convié toute la place de Paris pour écouter  cet assourdissant silence présidentiel. A cent jours de la présidentielle, Jacques Chirac a achevé jeudi devant la presse le traditionnel cycle des vœux avec la volonté de peser jusqu’au bout, et a laissé une nouvelle fois planer le suspense en disant “réfléchir” à une éventuelle candidature.

Après qu’un journaliste lui eut demandé “sans détour” s’il serait candidat à un troisième mandat, Jacques Chirac a répondu avec une pointe d’ironie: “Cela mérite réflexion et donc je vais réfléchir”. “Le moment venu, je ferai connaître aux Français ma décision, avec une seule exigence: l’intérêt national”, a ajouté M. Chirac, entretenant ainsi ce que beaucoup considèrent comme un faux suspense.

 On aura compris que notre président de 74 ans, actuel chanoine de Latran n’a pas vraiment envie de rejoindre les rangs clairsemés des adeptes du « Grand Silence ». Une qui aurait du aussi apprendre à se taire, c’est Ségolène en Chine en disant que  « les tribunaux chinois sont plus rapides qu’en France.» 

Publié dans: on 12 janvier 2007 at 1:07 Commentaires (0)

Putain, deux ans ….

Cette semaine, nous avons appris une nouvelle renversante. Nous pensions depuis quatre cents ans que nous avions fait le tour du personnage. Et bien non, nous avons découvert que Alonso Quichano, el ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha, avait des enfants connus en français sous le nom des « enfants de Don Quichotte ». La première question que nous sommes en droit de nous poser est le nom de la mère. En effet, nous avons toujours considéré qu’il ne rencontra jamais, Dulcinée du Toboso, l’élue de son cœur à qui il avait pourtant juré amour et fidélité. Nous savions aussi que son influence était notable en Amérique du Sud sur des personnages comme Simon Bolivar ou l’actuel chef d’État vénézuélien Hugo Chavez.

Bien loin de la Mancha et de l’Amérique du sud, nous nous retrouvons en fin 2006 au bord du canal Saint-Martin avec le comédien Jean Rochefort qui avait failli joué le rôle de Don Quichotte (voir le film « Lost in la Mancha ») avec le réalisateur Terry Gillian. Le comédien fait une séance de rattrapage en passant une partie de soirée dans un campement mis en place pour des SDF par l’association “les enfants de Don Quichotte ». Cette jeune association met en place une centaine de tentes pour attirer l’attention sur le sort des sans-abris, les “rendre visibles” et réclamer des solutions d’hébergement durable. L’association invite également des “bien logés” solidaires à venir partager le quotidien des SDF.

Je ne sais pas si Don Quichotte créait de la polémique quand il fonçait sur les moulins à vent, en fait tout le monde le prenait pour un fou, mais ses enfants de 2006, eux en la matière, ont réussi leur coup. Catherine Vautrin, ministre délégué à l’Exclusion, s’en est pris aux « apprentis sorciers » en condamnant cette initiative et en rappelant que des places d’hébergement (800 places de «stabilisation», un programme d’hébergement 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24″ ) étaient toujours disponibles mais ne trouvaient pas preneur, notamment en région parisienne. Il est évident que l’installation d’une centaine de tentes à Paris tend à remettre le problème des sans-abri au cœur de la campagne présidentielle.

Et ça n’a pas traîné, Nicolas Sarkozy l’a promis : « Finis les SDF ! En tout cas, d’ici deux ans ! » s’il vous plait. Le clan UMP explique la « stratégie » en plusieurs axes (retour au travail, développement du pouvoir d’achat et la question du logement social) pour aider les sans-logis à sortir de la rue.

Don Quichotte était un rêveur, mais son « écuyer » Sancho Panza avait les pieds sur terre. Le valet prosaïque aurait quelque doute sur les promesses sarkozyennes en matières sociales en sachant que Neuilly-sur-Seine, la ville dont le même Nicolas Sarkozy a été longtemps le maire ne respecte pas la loi SRU qui oblige toute commune de plus de 3 500 habitants à disposer d’au moins 20 % de logements sociaux. Or Neuilly-sur-Seine en compte moins de 5 %. Putain, deux ans ….

Publié dans: on 22 décembre 2006 at 2:47 Commentaires (0)

Le chanoine et la co-princesse

Le Vatican et le Saint-Siège sont confrontés depuis quelque temps à des contrariétés de tous ordres. La vague iconoclaste et sacrilège du « Da Vinci Code » s’est estompée avec l’échec relatif du film. De même, le discours académique de Benoît XVI à Ratisbonne avait mis un temps en émoi certains fondamentalistes musulmans. Maintenant, les nuages noirs viennent de France et du département des Deux-Sèvres.
En effet, le journal « Le Monde » rapporte récemment que le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, s’adressant à M. Mennucci, opposant municipal et principal pilier de Ségolène Royal, qu’”une vague inquiétude” était sensible au Saint-Siège. C’est que “le président de la République française est traditionnellement chanoine de la basilique de Latran. Mais rien n’est prévu pour une chanoinesse“.
En effet, ce titre honorifique traditionnel qui depuis Henri IV rattache le Chef de l’Etat français au chapitre vatican reste dans la droite ligne des liens historiques qui, depuis Pépin le Bref et Charlemagne, unissent la nation française comme “fille aînée de l’Eglise”.

Ségolène, je sais pas ce qu’elle en pense, mais elle a quand même pas mal d’arguments pour plaire (ou déplaire) aux autorités papales. Question image pieuse, elle ne devrait pas dénoter. Certains dans la pré-campagne l’ont appelé “la madone du Poitou”. Ségolène, icone d’un matriarcat encensé par les médias, souvent habillée d’un blanc immaculé et  impassible aux railleries de ses camarades machistes. Oui, Sainte Blandine n’est pas loin.
Sa sainte patronne, en fait, était abbesse du monastère de Troclar en Languedoc au 7ème siècle. Sainte Ségolène est vénérée dans la cathédrale d’Albi où sont conservées ses reliques et son nom est invoqué pour lutter contre la lèpre.
Pour revenir au chanoinat de Latran qui peut lui échoir en cas de victoire au printemps 2007, il convient que les juristes canoniques du Vatican puissent trouver une solution afin de maintenir des bonnes relations diplomatiques avec la fille aînée de l’Eglise.
Une solution que l’on qualifiera de plan B pourrait avoir le mérite de régler un autre problème. Je veux parler de l’utilité sociale à venir de François Hollande. En France, nous n’avons pas d’un point de vue protocolaire de prince consort ou de “First Lord” (je connais pas le masculin de “First Lady”.
En conclusion, si j’avais un conseil à donner au couple Royal-Hollande ce serait la répartition des tâches. Ségolène pourrait assumer sans problème le titre de co-princesse d’Andorre à moins que l’autre co-prince l’évêque d’Urgel ne nous fasse une crise diplomatique. François pourrait assumer la charge vaticane. Député-maire de Tulle et chanoine de Saint Jean de Latran, ça a de la gueule sur une carte de visite ! Mais reste la question cruciale de la garde des enfants.

Publié dans: on 22 novembre 2006 at 7:20 Commentaires (0)

Crier sur les toits

« Ne craignez pas les hommes ; tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu.  Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. »

Cette phrase n’est pas tirée d’un discours politique mais d’un texte de près de 2000 ans “Matthieu 10, 26-27″.

 Pourtant c’est parce qu’elle (Ségolène Royal) ne voulait pas « le crier sur les toits » qu’un débat ou une réflexion sur la place des profs dans l’école colportée par le truchement d’Internet a eu tant d’échos. Ce bout de vidéo filmée à son « insu » et parlant des 35 heures à l’école devient un brûlot sur le net. Chez ses opposants, on se persuade que cela fait suite aux sorties de Madame Royal sur la carte scolaire
et les jurys populaires et que cela ne pourra que lui aliéner les enseignants et élus locaux très présents au PS.

La question du fond importe peu en tout cas d’ici le 16 novembre où les adhérents de toutes générations choisiront le challenger du camp social-démocrate.

Cette vidéo sera t’elle néfaste ou profitable à Marie-Ségolène ? Qui le sait ? Dans les salles de profs, c’est pas gagné mais un autre monde est possible en dehors de ces lieux.

Faire connaître ce qui est caché, c’est le côté positif de ces vidéos pirates. Mais nous a t’on vraiment dévoilé ce qui était voilé ? Nous a t’on mis au grand jour ce qui était dans l’ombre ? Je n’en suis pas sûr.

 Beaucoup se doute qu’il y a une face cachée derrière le papier glacé de la madone des médias. Dans le creux de l’oreille, je vous dis que la députée des Deux-Sèvres n’a pas fini de nous surprendre. Pas forcément dans le bon sens, c’est ce qui est paradoxal et que j’ai du mal à comprendre. Mais j’ai une excuse, mes profs ne devaient sûrement pas faire 35 heures quand j’étais à l’école.

Publié dans: on 13 novembre 2006 at 11:39 Commentaires (2)

Merci quand même, Pierre

Il y a un blog qui fait parler de lui depuis quelques semaines. Quelle cacophonie !
D’outre-tombe, Pierre Bourdieu allume Ségolène Royal. Dans une vidéo de 1999 exhumée sur le Net, il la juge « de droite ». En fait, il s’agit d’un entretien posthume du sociologue Bourdieu, décédé en 2002 , avec Pierre Carles. Présentée et diffusée sur la chaîne alternative Zalea Tv comme  une séquence « inédite de douze minutes tournée en 1999». La phrase hors-contexte est: «Pour moi, instantanément, on sait qu’elle n’est pas de gauche». Depuis, les blogs , les mails et le Web apportent à ces propos une image et un retentissement extraordinaires.

D’où qu’il vienne (par quel canal?), je trouve ce message post-mortem fort savoureux.
Ce cher Pierrot sociologue béarnais formé en Kabylie glisse entre 2 phrases une réalité que nous sommes un certain nombre à deviner. La difficulté avec Maman Ségolène c’est qu’elle fait exploser le système.
Oui j’aurais envie de dire: elle est populiste, elle est pétaino-blairiste mais je crois que plus elle sera critiquée plus elle se posera en martyre et elle en tirera bénéfice.C’est aux 2 autres Fabius et DSK à montrer qu’ils sont réellement à gauche même sans l’avis de Bourdieu.

Certains sur des blogs trouvent que le message est d’un faible contenu politique. Sur ce coup là peut être ?Rappelons-nous que cet homme a aussi tenu le 12 décembre 1995 à la Gare de Lyon à Paris un discours devant les cheminots grévistes qui était loin d’avoir un faible contenu.
On est à la veille d’entendre “la femme de Hollande” tenir un discours parlant de ” soutien à tous ceux qui luttent (…) contre la destruction d’une civilisation, associée à l’existence du service public, celle de l’égalité républicaine des droits, droits à l’éducation, à la sainte, à la culture, à la recherche, à l’art, et, par-dessus tout, au travail.”

Merci Pierre et tant pis pour elle.

Publié dans: on 29 octobre 2006 at 5:27 Commentaires (1)